Au Sri Lanka, détourner l’équivalent de 1 000 euros d’argent public pour nourrir ses militants vaut sept ans de prison ferme. En France, les notes de frais des élus se discutent en commission.
La Haute Cour de Colombo a condamné le 1er septembre 2026 l'ancien ministre de l'Aviation civile Piyankara Jayaratne à sept ans de réclusion. Son crime : avoir fait payer 320 000 roupies (environ 1 000 euros) de plateaux-repas pour ses militants par une compagnie publique. Une sanction inédite pour une somme dérisoire, la question n’est pas la sévérité de la peine, c’est l’idée que l’argent public n’est pas la caisse noire des élus.
Une affaire de sandwichs qui finit en réclusion criminelle
Le 1er septembre 2026, la Haute Cour de Colombo a condamné l’ancien ministre de l’Aviation civile Piyankara Jayaratne à sept ans de réclusion avec travaux forcés pour corruption. L’affaire remonte à 2014, lorsqu’il était ministre.

Selon l’accusation retenue par la Commission d’enquête sur les allégations de corruption (CIABOC), Jayaratne avait exercé des pressions sur un responsable de SriLankan Catering, entreprise publique liée à la compagnie nationale, afin de faire régler environ 320 000 roupies à un prestataire privé de Marawila. L’argent devait financer les repas de ses partisans participant au défilé du 1er Mai.
Certaines sources évoquent 330 000 roupies, probablement en fonction de la qualification des deux chefs d’accusation. La justice a retenu deux peines de sept ans, exécutées simultanément, soit sept ans effectifs, ainsi que des amendes.
Le montant importe moins que le principe
Poursuivi par la Commission de lutte contre la corruption (CIABOC), Jayaratne a été jugé après plusieurs années de procédure. Le juge Mohamed Mihail a estimé que l’ancien ministre avait abusé de sa position pour causer une perte à l’État. Le tribunal a considéré que l'ancien ministre avait abusé de son autorité et fait supporter à la collectivité une dépense destinée à ses soutiens.

La CIABOC avait demandé une sanction suffisamment dissuasive pour rappeler aux responsables publics leur obligation de protéger les fonds de l'État. Le jugement souligne ainsi une idée élémentaire : l'élu n'est pas propriétaire de l'argent public parce qu'il dispose du pouvoir de le dépenser.

Ce dossier, aussi modeste soit-il dans son montant, illustre un principe selon lequel nos élites semblent avoir perdu de vue : l'argent public n'appartient à personne, pas même à celui qui l'administre au nom de l'intérêt général.
Le Sri Lanka vient de rappeler, de manière spectaculaire, que la responsabilité politique ne devrait jamais signifier immunité comptable. Un élu qui confond l'État avec sa clientèle politique ne détourne pas seulement de l'argent : il détourne le mandat qui lui a été confié.

