Pour savoir comment une région dépense l'argent public, il a fallu cinq années de procédure judiciaire, jusqu'au Conseil d'État, avant que la région Auvergne-Rhône-Alpes ne remette enfin ses archives. Début juin 2026, trois cartons totalisant plus de 26 kg de notes de frais couvrant la période 2019-2021 ont finalement été transmis à Mediacités, ouvrant la voie à une vaste opération citoyenne de contrôle des dépenses publiques.
En mai 2024, le tribunal administratif condamne la collectivité à transmettre les fameuses notes de frais Mediacités. Laurent Wauquiez porte l’affaire devant le Conseil d’État. Un an plus tard, la plus haute juridiction administrative du pays leur donne raison. En juin 2026, plus de 500 citoyens ont dû se mobiliser pour contraindre la région Auvergne-Rhône-Alpes à livrer les notes de frais de Laurent Wauquiez, de ses anciens vice‐présidents et des membres de son cabinet quand il présidait la région Auvergne‐Rhône‐Alpes. Cinq ans de procédure judiciaire, et au bout du chemin : 26 kilos de feuilles volantes couvrant 2019 à 2021, pour obtenir obtenu les factures et autres documents des dépenses de l’ex-président d’Auvergne-Rhône-Alpe.
Cinq ans pour obtenir ce qui devrait être public
La demande initiale date de septembre 2021. Médiacités, média indépendant lyonnais, réclame les justificatifs de dépenses (déplacements, séjours, repas) de Laurent Wauquiez, de son cabinet et de l’exécutif régional. La région ne répond pas.

La Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) donne raison au média, mais la collectivité reste sourde. Saisine du tribunal administratif de Lyon (victoire en mai 2024), pourvoi en cassation de Laurent Wauquiez, confirmation par le Conseil d’État, puis nouvelle procédure pour exécution : au total, 1 708 jours pour obtenir des documents archivés… en vrac et sur papier.

Alors que d’autres régions ont transmis leurs notes de frais sans difficulté, Auvergne-Rhône-Alpes s’est singularisée par son obstruction. Livrer 7 700 fichiers sous forme de piles de feuilles non numérisées relève d’une manœuvre évidente pour compliquer le travail d’investigation citoyenne.
Le droit d'accès aux documents administratifs est pourtant inscrit dans la loi depuis 1978. Une loi visiblement plus facile à invoquer qu'à faire respecter quand ceux qui doivent la respecter sont ceux qui détiennent le pouvoir.
500 citoyens mobilisés pour contrôler les dépenses publiques
Plutôt que de réserver l'analyse à une poignée de journalistes, Mediacités a lancé un « grand épluchage » citoyen. Plus de 500 volontaires ont répondu à l'appel. Parmi eux figurent des étudiants de Sciences Po, des experts-comptables, des juristes, des ingénieurs, des analystes de données ainsi que des membres de l'association Anticor.

L'objectif est d' examiner méthodiquement les milliers de justificatifs afin d'identifier d'éventuelles anomalies ou autres dépenses inutiles. Cette démarche illustre une évolution du journalisme d'investigation, qui s'appuie désormais sur l'intelligence collective.

Derrière ce combat judiciaire se joue un rapport de force classique : celui des institutions contre les contribuables et les contre-pouvoirs. Cette affaire révèle une réalité: la classe politique, toutes sensibilités confondues, tolère mal le regard extérieur sur ses dépenses. Laurent Wauquiez, figure de la droite, n’échappe pas à la règle qu’il dénonce parfois chez ses adversaires.
Cette affaire pose aussi une question institutionnelle: pourquoi faut-il mobiliser des années de contentieux, des moyens financiers importants et des centaines de bénévoles pour accéder à des documents administratifs qui relèvent de l'utilisation de fonds publics ? Reste maintenant à savoir ce que ces 26 kilos de papier contiennent. Si la bataille pour les obtenir était déjà révélatrice, leur contenu pourrait l'être davantage encore.



