L'humeur de Veerle Daens : papy tire la bière, l'URSSAF tire le forfait

L'humeur de Veerle Daens : papy tire la bière, l'URSSAF tire le forfait

Record de redressements URSSAF, un quart rendu après coup, et un retraité poursuivi pour avoir tiré une bière. Veerle Daens démonte le forfait et la flagrance sociale.

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1,5 milliard de redressements URSSAF « record » en 2025. Un quart rendu après coup. Et pendant qu'une fausse agence d'intérim de l'Oise siphonne 17 millions sous le nez des algorithmes, un retraité de 70 ans est poursuivi pour avoir tiré une bière au bistrot de sa femme. Bienvenue au pays où le coup de main est un emploi.

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Amis libertariens, un chiffre pour commencer, parce qu'on m'a dit que vous aimiez ça : 1,503 milliard d'euros. C'est ce que l'URSSAF a notifié en 2025 au titre du travail dissimulé. Record historiquedossier de presse, directeur ému qui parle d'engagement citoyen. Deuxième chiffre, plus discret : sur 667 millions de redressements notifiés dans un échantillon, 180 millions ont été restitués aux entreprises. Un euro sur quatre. L'organisme réclame, encaisse, puis découvre que ce n'était pas à lui. On appelle ça, dans le communiqué, le droit à l'erreur. Dans un seul sens.

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Un village près d'Arras. Martine tient un bistrot qui dégage 700 euros de bénéfice par an — par an, pas par mois. Son mari Dominique, soixante-dix ans, Papi pour les petits-enfants, tire une bière quand il y a du monde. Contrôle inopiné. Le tableur s'ouvre. Dominique a-t-il un contrat ? Non. A-t-il un bulletin de paie ? Non. A-t-il servi un client ? Oui. Donc il travaille. Donc il est dissimulé. Le parquet réclame 800 euros d'amende et l'URSSAF près de 4 000 euros de cotisations — six fois le bénéfice annuel de l'établissement. Le tribunal relaxe. Le parquet fait appel. Il faut que ce coup de main soit un emploi ; la République y tient.

À Lyon, un petit journal de supporters distribue des tracts devant le stade. Le patron demande à deux cousins et trois copains lycéens de l'aider deux heures, vingt euros chacun. Redressement : 21 344 euros. Comment passe-t-on de cent euros de flyers à vingt et un mille ? Par le forfait, amis libertariens. Quand l'URSSAF ne trouve pas de contrat, elle en invente un : six mois de cotisations présumées par tête, plus la majoration. Deux heures deviennent un semestre. Cinq lycéens deviennent une masse salariale. Le journal faisait 50 000 euros de chiffre d'affaires ; il a été sauvé par une collecte de ses lecteurs. La présomption a coûté plus cher que le crime, et le crime n'existait pas.

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Voilà le mécanisme, et il mérite qu'on s'y arrête une seconde sans rire. Le redressement forfaitaire renverse la charge de la preuve : ce n'est plus à l'administration de démontrer combien vous avez fraudé, c'est à vous de démontrer combien vous n'avez pas fraudé. Et l'article 93 de la loi du 25 juin dernier ajoute la flagrance sociale : saisies, hypothèques, nantissements sans juge, recours non suspensif, mainlevée accordée par… le directeur de l'organisme qui a saisi. On a désarmé le juge parce qu'il relaxait Papi.

Pendant ce temps, dans l'Oise, une fausse agence d'intérim a fait tourner 22 sociétés-écrans pendant trois ans, 2 000 salariés munis de bulletins de paie parfaits dont pas un euro de cotisation n'est jamais arrivé. Dix-sept millions de préjudice. Qui a trouvé ? Pas les ciblages algorithmiques. Un guichet de la CAF, parce qu'un salarié est venu réclamer une prestation et n'existait pas. L'URSSAF, interrogée, n'a pas répondu. Elle était occupée près d'Arras.

C'est ça, la symétrie française. Le fraudeur avec un tableur bénéficie d'une décote de 90 % : on notifie un milliard et demi, on en encaisse six pour cent. Le retraité derrière la tireuse paie plein tarif, parce qu'il est localisable. L'institution ne poursuit pas la fraude ; elle poursuit ce qui se laisse poursuivre. Miljaardedju, comme on lâche chez moi quand la bière est tiède : on ne double pas les serrures d'une caisse percée. On change de caisse.

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Une dernière question, amis libertariens, avant que Papi ne serve la tournée. Quand l'État aura fini de requalifier le coup de main en emploi, le prêt en loyer, le don en revenu — que restera-t-il, entre deux personnes qui s'aiment, qui ne soit pas une relation de subordination ?

Réfléchissez vite. Le contrôle est inopiné.


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Lalaina Andriamparany

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