Le 9 juin 2026, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a rendu son verdict contre un vice-procureur de Bobigny, ce dernier adepte de soirée chemsex, consommait lui-même méthamphétamine, 3MMC et GBL. Le CSM a recommandé sa rétrogradation et son déplacement d'office. Un magistrat ordinaire aurait-il bénéficié de la même clémence ?
L'affaire aurait pu rester confidentielle si un drame ne l'avait pas révélé. En 2024, ce magistrat, nommé en 2019 à la direction de la délinquance organisée et des affaires criminelles, est entendu comme témoin dans une enquête sur une soirée chemsex ayant coûté la vie à un participant. Il n'y assistait pas, mais connaissait l'un des protagonistes. Interrogé, il avoue son addiction. Sa hiérarchie ne l'apprendra pas de sa bouche, mais par la police.
Une addiction incompatible avec les fonctions exercées
Nommé en 2019 à la direction de la délinquance organisée et des affaires criminelles du parquet de Bobigny, le vice-procureur explique avoir sombré dans une consommation régulière de méthamphétamine, de 3MMC et de GBL sur fond de difficultés personnelles, de pression professionnelle et de pratiques de chemsex.
L'affaire éclate en 2024 lorsqu'il est entendu comme témoin dans une enquête liée à une soirée de chemsex ayant entraîné un décès. Bien qu'il ne soit pas impliqué dans les faits mortels, il reconnaît son addiction devant les enquêteurs. Sa hiérarchie n'en est pourtant pas informée par lui-même, mais par les services de police. Sur le plan pénal, le dossier se conclut par une injonction thérapeutique, sans poursuites correctionnelles.

Mais le volet disciplinaire révèle une réalité autrement plus préoccupante. Le Conseil supérieur de la magistrature constate que cette consommation a eu des conséquences concrètes sur l'exercice de ses fonctions : retards répétés, absences, désengagement dans le suivi de dossiers et incapacité à requérir lors d'un procès d'assises. Autre circonstance aggravante relevée par le Conseil : son fournisseur avait été condamné pour trafic de stupéfiants dans le ressort même où le magistrat exerçait ses fonctions.
Des faits qualifiés de « graves infractions pénales »
Dans sa décision du 9 juin, le CSM relève que ce qu’il qualifie de « graves infractions pénales ». Il estime que le magistrat a « gravement jeté le discrédit sur l'institution judiciaire » en violant un interdit directement lié à ses missions professionnelles. Le Conseil retient également un manquement au devoir de loyauté pour avoir caché son audition et son addiction à sa hiérarchie.

Malgré la gravité des faits, le CSM écarte la révocation. Il recommande une rétrogradation assortie d'un déplacement d'office, estimant que le parcours professionnel jusque-là satisfaisant du magistrat, ses évaluations positives et la reconnaissance des faits rendent une exclusion définitive disproportionnée. Pour les magistrats du parquet, cet avis ne constitue toutefois pas la décision finale : il appartient au garde des Sceaux de fixer la sanction.
Ce scandale révèle les dysfonctionnements d’une justice qui se veut exemplaire tout en se montrant incapable de sanctionner sévèrement l’un des siens. Pour un magistrat du parquet, protégé par un statut qui ne relève même pas de la procédure la plus contraignante réservée aux juges du siège, la sanction finale reste entre les mains du garde des Sceaux. Une justice qui se juge elle, avec ses propres degrés de clémence.

