Par Thibault de Varenne
Le 1er juillet, le parquet fédéral allemand a inculpé un premier suspect du sabotage de Nord Stream — un Ukrainien extradé d'Italie, qui plaide l'acte de guerre. Pendant que la Suède, le Danemark et la Pologne refermaient le dossier, Berlin a tenu le registre du droit. Ce que le procès de Hambourg jugera — et ce qu'il ne jugera pas.
Le 1er juillet, le parquet fédéral allemand a inculpé un premier suspect du sabotage des gazoducs Nord Stream. Un Ukrainien de cinquante ans, désigné comme Serhii K., ancien militaire, détenu à Hambourg depuis son extradition d'Italie fin novembre. Les chefs retenus sont sobres : attaque contre des infrastructures énergétiques civiles, provocation d'explosion, destruction d'ouvrages. Presque quatre ans d'instruction pour en arriver là. C'est long. C'est aussi, en Europe, tout ce qui reste de cette affaire.
Rappelons les faits, que l'actualité a recouverts d'autres décombres. Dans la nuit du 26 septembre 2022, trois des quatre conduites reliant la Russie à l'Allemagne sous la Baltique sont éventrées par des charges explosives au large de l'île danoise de Bornholm — un acte de destruction d'infrastructure sans précédent en Europe depuis 1945, commis en mer, en temps de paix, contre les intérêts conjoints de deux États membres de l'Union.
L'enquête allemande a reconstitué, avec la patience des greffiers, l'itinéraire d'un voilier de plaisance loué à Rostock, l'Andromeda, six personnes à bord, des passeports douteux, des traces d'explosifs. Le reste du continent a choisi une autre méthode. Il a attendu que cela passe.