Par Renaud Jacobs
Deux États américains ont interdit la modification de l'atmosphère. Derrière le mot « chemtrails » qui fait ricaner : de vraies lois, de vrais élus, de vrais débats. Lecture des textes, sans complaisance ni ricanement.
Je l'ai évoqué hier. Deux États américains ont bel et bien légiféré : le Tennessee en 2024, la Floride en 2025. Voici, aussi précisément que je peux les établir, ce que disent ces lois, qui les a portées, et ce que leurs auteurs ont déclaré en séance.

Ce que les textes interdisent, d'abord, mot pour mot. La loi du Tennessee (SB 2691 / HB 2063) prohibe « l'injection, la libération ou la dispersion intentionnelle, par quelque moyen que ce soit, de produits chimiques, composés chimiques, substances ou appareils dans l'atmosphère, à l'intérieur des frontières de l'État, dans le but exprès d'affecter la température, le temps qu'il fait ou l'intensité de la lumière solaire ». Signée par le gouverneur Bill Lee le 11 avril 2024, elle est entrée en vigueur le 1er juillet suivant. La Floride (SB 56) reprend presque à l'identique cet objet, mais l'assortit de sanctions lourdes : l'activité devient un délit passible d'une amende pouvant atteindre 100 000 dollars, et un opérateur d'aéronef encourt jusqu'à cinq ans de prison. Le texte charge en outre le ministère de l'Environnement de l'État d'ouvrir une adresse électronique et un formulaire en ligne pour que les habitants signalent toute activité suspecte. Signée par Ron DeSantis le 20 juin 2025, elle s'applique depuis le 1er juillet 2025.
Qui les a proposées, ensuite, et ce qu'ils ont dit. Au Tennessee, le texte a été porté au Sénat par Steve Southerland et à la Chambre par Monty Fritts, deux élus républicains. Fritts a invoqué une « documentation abondante » de tentatives de « gérer le changement climatique » par des composés chimiques, et déclaré : « Il y a une intention et un plan. » Son collègue Frank Niceley, en commission, affirmait avoir « des photos sur [son] téléphone, des croix juste au-dessus de [sa] maison ». En Floride, la sénatrice Ileana Garcia a présenté sa loi comme un moyen de « séparer le fait de la fiction » et posé un principe : « Nous avons le droit de savoir ce qui est introduit dans notre atmosphère. » Le gouverneur DeSantis, lui : « On caricature ça comme un truc de farfelus. Mais il y a des entreprises privées dont l'idée est de vous sauver du réchauffement en injectant des choses dans l'atmosphère, en bloquant le soleil. Ça, on ne le fera pas en Floride. »
