Intelligence On Line révèle que la justice administrative a, deux fois de suite, rejeté la requête de l'ancien secrétaire général de France Souveraine, le mouvement dissous de Michel Onfray. L'intéressé contestait le fait que la DGSI lui refuse certains postes en raison de son engagement politique...

Par Veerle Daens, chroniqueuse sous pseudonyme (merci le Courrier, sans vous, ce serait la disette ou le chômage)
Il était une fois, en France, un pays où l’on vous serrait la main en souriant tout en glissant un couteau entre vos côtes si jamais vous osiez murmurer que la souveraineté nationale n’était pas un gros mot, mais une évidence. Un pays où, pour avoir le malheur de douter de l’ordre américain — ce dogme plus sacré que la laïcité dans les dîners en ville —, on vous offrait un aller simple vers le banc des parias professionnels. Bienvenue dans le monde merveilleux du souverainisme à la française, cher lecteur : un sport extrême où le prix d’entrée, c’est votre carrière.

I. La DGSI ne recrute pas chez les gaullistes (et c’est dommage pour eux)
Ah, la fameuse DGSI ! Cette institution qui, selon les rumeurs de couloir, confondrait « enquête d’habilitation » et « chasse aux sorcières ». Imaginez un instant : un militant souverainiste, ce monstre à deux têtes qui ose penser que la France pourrait, peut-être, un jour, décider de son propre destin sans demander la permission à Washington. Quel culot ! Bien sûr, on ne lui confiera jamais les clés des dossiers sensibles. À la rigueur, on lui proposera de surveiller les poubelles de l’ambassade de Russie, mais de là à lui faire confiance pour éplucher les réseaux djihadistes… Vous n’y pensez pas !
La souveraineté, voyez-vous, c’est comme le gluten : ça donne des boutons aux élites. Et quand on donne des boutons aux élites, on ne devient pas directeur de cabinet, on ne signe pas de juteux contrats avec les think tanks atlantistes, et on ne se voit surtout pas offrir un fauteuil au Conseil d’analyse économique. Non, non, on se retrouve à animer des débats houleux dans des salles des fêtes de province, entre deux verres de vin rouge et des cris de « collabo ! » lancés par des militants d’extrême gauche qui, ironiquement, rêvent eux aussi d’une France affranchie… mais du capitalisme, bien sûr.

II. L’ordre américain : un business model (et un carcan)
Contester l’ordre américain en France, c’est un peu comme annoncer lors d’un dîner mondain que vous votez RN : les fourchettes s’arrêtent net, les regards se figent, et soudain, vous devenez aussi populaire qu’un contrôle fiscal surprise. Pourtant, rappelons-le, l’ordre américain n’est pas un dogme divin, mais un business model. Un business model qui, soit dit en passant, a fait de la France un marché captif pour les GAFAs, un client docile pour l’OTAN, et un cobaye enthousiaste pour les sanctions économiques qui asphyxient nos entreprises avant même de chatouiller Moscou.
Mais ça, vous n’êtes pas censé le dire. Surtout pas si vous voulez garder votre job dans une banque, un ministère, ou une boîte de conseil où l’on vous demande de « penser global » (comprenez : « obéis à Davos »). Le souverainiste, lui, pense local. Et penser local, dans un monde où le CV parfait se mesure en nombre de masters internationaux et en fluency en novlangue managériale, c’est un peu comme arriver en costume trois-pièces à une soirée tech : on vous trouve charmant, mais dépassé.

III. Le pseudonyme, dernier rempart du libre-penseur
Alors, merci le Courrier des Stratèges. Merci de nous offrir cet espace où l’on peut encore écrire sans signer de sa vraie identité, comme au bon vieux temps des pamphlétaires. Car avouons-le : sans vous, nous serions réduits à deux options. Soit nous nous tairons, et nous irons grossir les rangs des consultants bien pensants qui pondent des rapports sur « l’innovation disruptive » en évitant soigneusement de froisser qui que ce soit. Soit nous parlerons, et nous finirons comme ces professeurs d’université qui, pour avoir osé critiquer l’islamo-gauchisme ou l’hégémonie dollar, se retrouvent avec une plainte pour « propos haineux » et une carrière en miettes.
Merci Eric Verhaeghe qui a brûlé ses vaisseaux professionnels pour la bonne cause, et pour donner un écho sérieux et crédible à l'amour de la liberté. Peu de prétendus souverainistes à l'abri d'un pseudonyme accepteraient le 1/10è des sacrifices quotidiens auxquels il consent pour défendre NOS idées.
Le pseudonyme, c’est un peu la burqa du souverainiste : on nous force à nous cacher pour exister. Mais qu’importe ! Comme disait mon cher Eric Verhaeghe (que je taquine souvent, mais dont je partage le fond) : « La liberté, c’est d’abord le droit de déranger. » Alors dérangeons, mes chers lecteurs. Dérangeons tant qu’il nous reste une plume, un clavier, et un journal pour nous publier.
IV. Le souverainisme, ce luxe français
En France, être souverainiste, c’est un luxe. Un luxe qui se paie en opportunités manquées, en réseaux qui se ferment, et en carrières qui s’effritent. C’est le prix à payer pour oser croire que la France pourrait, un jour, redevenir un acteur et non un spectateur de l’Histoire. Alors oui, nous sommes quelques-uns à persister, à signer sous pseudonyme, à rire jaune des « hasards » qui nous écartent des postes stratégiques.
Mais rassurez-vous, chers lecteurs : tant qu’il y aura des journaux comme le Courrier pour nous donner la parole, nous continuerons à écrire. Entre deux portes qui claquent, deux contrats qui ne se renouvellent pas, et deux dîners où l’on nous évite soigneusement. Après tout, comme le disait Oscar Wilde : « Le seul moyen de se débarrasser d’une tentation, c’est d’y céder. » Alors cédons à la tentation de la souveraineté. Et tant pis si ça nous coûte cher.
Veerle Daens, depuis Malines (où l’on rit bien, mais où l’on pense encore mieux).
