Un mégaprojet à 1,4 milliard d'euros lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump,menace la réserve naturelle de Vjosa-Narta, sanctuaire de flamants roses sur l'Adriatique. L’île de Sazan, verrou géostratégique, complète le tableau. Le projet prévoit hôtels, villas et marina haut de gamme. Depuis le début du mois de juin, la « révolution des flamants roses » enflamme Tirana et le littoral sud. L’agence anticorruption a ouvert une enquête, sur fond de scandale impliquant déjà la vice-Première ministre Belinda Balluku. Le Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis treize ans, défend pourtant l’opération comme une manne économique et un vecteur d’image internationale.
En Albanie, la contestation enfle contre un mégaprojet touristique porté par Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Au cœur de la polémique : la lagune protégée de Narta et l’île stratégique de Sazan, cédées par le gouvernement d’Edi Rama à des investisseurs proches du pouvoir américain pour des développements immobiliers estimés jusqu’à 5 milliards d’euros. Une affaire qui cristallise les accusations de corruption et de capitalisme de connivence.
Une réserve naturelle mise en vente
La lagune de Narta n'est pas n'importe quelle étendue d'eau. Zone humide protégée sur le littoral adriatique albanais, elle abrite des flamants roses, des phoques moines et des sites de ponte de tortues marines. C'est là, dans l'un des écosystèmes les plus fragiles des Balkans, que le gouvernement d'Edi Rama a décidé d'implanter un complexe hôtelier de luxe avec hôtels, villas, marina d'une valeur annoncée de 1,4 milliard d'euros.

L'île militaire de Sazan, voisine, pourrait s'ajouter au package, portant l'enveloppe totale à près de 5 milliards d'euros. Le promoteur ? Affinity Partners, le fonds d'investissement de Jared Kushner, gendre de Donald Trump et ex-conseiller à la Maison-Blanche.

Depuis début juin, des milliers d'Albanais descendent chaque soir dans les rues de Tirana, flamants en carton et sifflets à la main. Pour les manifestants, le dossier Kushner symbolise surtout treize années d’un pouvoir accusé de concentrer les décisions stratégiques entre quelques mains.
La «révolution des flamants roses» défie Edi Rama
Le Premier ministre albanais Edi Rama défend ce projet comme un levier destiné à transformer l’image internationale du pays. Mais ses opposants dénoncent une opération menée sans réelle transparence au profit d’intérêts étrangers bénéficiant d’un accès privilégié.
L’affaire intervient dans un contexte politique déjà tendu. L’agence anticorruption albanaise a ouvert une enquête tandis que plusieurs controverses touchent l’entourage gouvernemental, notamment la vice-Première ministre Belinda Balluku.
Rien ne filtre sur les conditions exactes de la cession, les garanties environnementales ou les contreparties réelles offertes à l’État albanais. Affinity Partners, créé par l’ancien conseiller de Donald Trump, bénéficie d’un accès privilégié aux cercles du pouvoir.
Le timing quelques mois après le retour possible de Trump à la Maison-Blanche, renforce le sentiment d’une transaction politique autant qu’économique. Les manifestants ne dénoncent plus seulement la destruction écologique, mais un système où l’intérêt général s’efface devant les réseaux transatlantiques et les promesses d’investissements mirobolantes.
« Nous sommes de plus en plus nombreux et nous resterons jusqu'à sa démission », déclarait une étudiante en cortège. Rama, imperméable, répond qu'il a été élu pour développer son pays.
Le paradoxe est saisissant : alors que l’Occident prétend promouvoir la bonne gouvernance et la transparence dans les Balkans, c’est précisément un projet associé à l’une des familles politiques les plus puissantes des États-Unis qui se retrouve au cœur d’accusations de favoritisme.

