Par Thibault de Varenne
Dans la nuit de lundi à mardi, une usine de dessalement a brûlé au Koweït. Une centrale électrique a été touchée, des générateurs détruits, la base aérienne d'Ali Al Salem prise dans un incendie. À Manama, deux hôtels ont été frappés ; un drone a atteint une tour du quartier financier. Ces noms ne figuraient pas, il y a cinq mois, sur la carte de la guerre. Ils y sont.
Récapitulons froidement. Depuis les frappes conjointes de février, qui ont coûté la vie au Guide suprême, la guerre s'est installée dans une routine que l'accoutumance rend presque invisible : onzième nuit consécutive de bombardements américains sur l'Iran, drones de mer engagés contre Téhéran, et ce marchandage énoncé sans détour par le président américain — pour chaque navire attaqué dans le détroit d'Ormuz, des infrastructures civiles iraniennes brûleront. Téhéran promet de rendre œil pour œil. Chacun tient parole. C'est précisément ce qui inquiète.
La régionalisation n'est pas une prophétie. C'est un inventaire. Les milices irakiennes et le Hezbollah sont entrés dans la guerre dès les premiers jours, frappant Israël, les bases américaines, jusqu'à Chypre. Les Houthis ont repris leurs tirs en mars. Et voici le seuil nouveau, franchi presque sans commentaire : les monarchies du Golfe, atteintes sur leur sol, ripostent désormais elles-mêmes — les Émirats, l'Arabie saoudite, le Koweït ont conduit leurs propres frappes contre l'Iran et ses relais. Une guerre entre deux États est en train de devenir la guerre d'un État contre sa région. Personne ne l'a déclarée. Elle s'installe.
Ce qui change de nature, plus encore que de périmètre, c'est le choix des cibles. Quand on bombarde une usine de dessalement dans une péninsule où l'eau ne