Alors que des demandeurs modestes patientent jusqu’à 13 ans sur les listes d’attente, des dirigeants socialistes à Bruxelles orientent sciemment les attributions de logements sociaux vers leurs sympathisants et électeurs. Des messages WhatsApp fuités à Anderlecht et un audit accablant à Saint-Josse-ten-Noode lèvent le voile sur un système de favoritisme généralisé. Le gouvernement régional bruxellois vacille sous le poids de perquisitions, de quatre enquêtes du parquet et d’une commission d’enquête parlementaire dont les conclusions sont attendues le 21 juillet.
Les listes d'attente pour un logement social à Bruxelles s'étendent parfois sur ds années. À Anderlecht comme à Saint-Josse-ten-Noode, les soupçons ne portent plus sur de simples dysfonctionnements administratifs mais sur un véritable système de favoritisme organisé au sein d'institutions financées par l'argent public.
Des logements attribués contre des voix
À Anderlecht, des échanges WhatsApp révélés dans le cadre d'enquêtes judiciaires suggèrent que le président de la société de logement social, figure influente du Parti socialiste, serait intervenu personnellement dans l'attribution de logements.

Certains bénéficiaires auraient été recommandés en raison de leur proximité politique ou de leur soutien électoral, tandis que d'autres dossiers auraient été utilisés comme monnaie d'échange lors des élections communales.

Ces révélations sont d'autant plus choquantes que les listes d'attente pour un logement social peuvent atteindre treize ans dans certaines communes bruxelloises. Quatre enquêtes du parquet sont actuellement en cours. Des perquisitions ont déjà été menées et une commission d'enquête parlementaire doit rendre ses conclusions le 21 juillet prochain.
Quand le logement social devient un instrument de pouvoir
L'affaire fait écho au scandale qui frappe l'agence de logement social de Saint-Josse-ten-Noode. Fondée en 2000 et chargée de gérer environ 230 logements privés, l'organisation a finalement fait faillite fin 2024 avec plus de 500.000 euros de dettes.

Un audit ordonné par la Société régionale du logement de la Région bruxelloise (SLRB) a mis au jour un « système d'allocation généralement défectueux » ainsi qu'une « participation active du personnel à la création de documents frauduleux ». Sur 181 dossiers examinés sur une période de dix-huit ans, 94 cas de fraude ont été confirmés, 44 autres font l'objet de soupçons sérieux et 24 présentent des irrégularités. Au total, 86 % des dossiers contrôlés comportaient des anomalies.

Le conseil d'administration de l'organisme était par ailleurs étroitement connecté aux réseaux politiques locaux. Christian Boïketé, frère du chef du PS local Philippe Boïketé et ancien directeur de cabinet du bourgmestre Emir Kir, a présidé la structure pendant près d'une décennie avant d'être remplacé en 2023 par Luc Frémal, président du CPAS.
Ces scandales ne sont pas des dérapages isolés mais le symptôme d’un modèle où l’État social, censé corriger les inégalités, devient un levier de pouvoir. Au-delà des enquêtes en cours, c’est la crédibilité même du logement social bruxellois qui s’effondre, révélant l’incompatibilité entre le discours égalitaire et les pratiques de redistribution partisane. Une mise en perspective amère pour une Région qui prétend incarner la solidarité.



