L’ancien président du conseil régional de La Réunion, Didier Robert, a été condamné en appel le 18 juin 2026 pour prise illégale d’intérêts. Au cœur du dossier : plus de 134.000 euros d’indemnités et de loyers versés alors qu’il ne remplissait plus les conditions requises. Après une première condamnation sévère en 2024, la sanction finale se limite à 10.000 euros d’amende et un an d’inéligibilité, alimentant le sentiment d’une justice particulièrement indulgente envers les puissants.
La Cour d’appel de Saint-Denis a condamné, le 18 juin 2026, Didier Robert, ancien président de la Région Réunion, à 10 000 euros d’amende et un an d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts. L’ancien élu a été relaxé des faits de concussion. Au total, ce sont 134 000 euros d’indemnités de résidence versés par la collectivité entre 2016 et 2020 qui sont en cause. Une sanction modeste pour un homme qui a longtemps incarné le pouvoir local.
134.000 euros versés malgré des conditions contestées
L’enquête portait sur des indemnités journalières de résidence et des loyers versés entre 2016 et 2020. Ce dispositif permettait à un élu de percevoir environ 90 euros par jour lorsque son domicile se situait hors du chef-lieu administratif.

Or, selon les constatations de la Chambre régionale des comptes, Didier Robert ne résidait plus au Tampon mais à La Montagne à partir de 2016, ce qui remettait en cause son éligibilité à ces avantages. Le montant total des sommes perçues est estimé à plus de 134.000 euros.

En novembre 2024, le tribunal correctionnel de Saint-Denis avait retenu les qualifications de concussion et de prise illégale d’intérêts. La sanction était alors lourde : huit mois de prison avec sursis, 100.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.
Une cour d’appel beaucoup plus clémente
La cour d’appel de Saint-Denis a revu cette décision. Didier Robert a été relaxé du chef de concussion et condamné uniquement pour prise illégale d’intérêts. Résultat : une amende ramenée à 10.000 euros et une inéligibilité réduite à un an.

Pourtant, le parquet général avait requis en avril 2026 une peine bien plus sévère : un an de prison dont six mois sous bracelet électronique, 150.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.
Cette affaire s’ajoute à une longue série de dossiers judiciaires concernant l’ancien président de Région. En 2021, il avait déjà été condamné dans l’affaire des Musées régionaux à quinze mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité. D’autres enquêtes ont également visé sa gestion, notamment sur des emplois de cabinet et sur un dispositif d’aide aux entreprises aujourd’hui examiné par le Parquet national financier.

Cette affaire pose une question : comment un élu au sommet d’une collectivité territoriale dispose de leviers financiers importants, s’arrange avec les règles pour son confort personnel, et finit par répondre de ses actes des années plus tard, une fois sorti du jeu politique.
Au-delà du cas personnel de Didier Robert, cette affaire rappelle que la décentralisation à la française, loin d’avoir créé des contre-pouvoirs, a produit des fiefs où les contrôles sont tardifs et les sanctions symboliques.



