Par Vincent Clairmont
La dette publique française atteint 3 460,5 milliards d'euros à la fin 2025, soit 115,6 % du PIB, selon les comptes nationaux de l'Insee — après 112,6 % fin 2024 et 109,5 % fin 2023. L'institut publie ce 25 juin les chiffres du premier trimestre 2026, et la trajectoire inscrite par le gouvernement porte le ratio à 118,6 % du PIB d'ici la fin de l'année. Trois points de PIB d'endettement supplémentaire en deux ans : c'est la cadence d'un pays qui ne stabilise plus rien.
Il faut situer ce chiffre dans son voisinage. À l'échelle de la zone euro, l'Allemagne évolue autour de 63 % du PIB, les Pays-Bas sous 45 %, tandis que l'Italie se tient au-dessus de 135 %. La France n'est pas le pire élève de la classe, mais elle est le seul des grands pays à n'avoir, depuis 2017, ni stabilisé sa dette ni présenté de calendrier crédible pour le faire. Le déficit public s'est établi à 5,1 % du PIB en 2025, et le besoin de financement des administrations est remonté à 5,1 % au premier trimestre 2026, après 4,3 % au trimestre précédent. La cible gouvernementale d'un déficit sous 3 % en 2029 repose sur des hypothèses de croissance et de maîtrise de la dépense qui n'ont jamais été tenues.
Le fait nouveau, celui qui change la nature du problème, tient en une ligne du budget. La charge de la dette — les intérêts versés aux créanciers — est chiffrée à environ 59 milliards d'euros pour 2026 dans le projet de loi de finances, en hausse de 4,4 milliards sur un an, et jusqu'à 64 milliards selon le périmètre retenu. Ce montant dépasse désormais le budget de la Défense hors pensions (57,1 milliards) et s'impose comme le premier poste régalien de l'État, devant la mission éducative dans plusieurs présentations. L'Agence France Trésor doit lever un besoin de financement record de 305,7 milliards d'euros en 2026, soit 8 milliards de plus qu'en 2025. On n'emprunte plus pour investir : on emprunte pour servir l'intérêt d'hier.
Le marché tarife cette dérive sans affolement, mais sans complaisance. Le spread — l'écart de rendement — entre l'OAT française et le Bund allemand à