Réunis à Milan le 18 avril, plusieurs leaders européens de la droite radicale ont affiché leur volonté commune de rompre avec Bruxelles. Jordan Bardella, figure centrale du meeting, a affirmé en italien, que « la victoire est proche », évoquant explicitement la fin du mandat d’Emmanuel Macron. Matteo Salvini, lui, tonne contre le Green Deal. Derrière l'unité de façade, les fissures sont pourtant nombreuses.

Le symbole était voulu fort. La place del Duomo, cœur de Milan, capitale économique de l'Italie du Nord, terrain de chasse historique de la Ligue du Nord : c'est là que les "Patriotes pour l'Europe" ont choisi d'organiser, le 18 avril, leur premier grand meeting depuis les revers électoraux qui ont fragilisé leur camp à l'échelle du continent.Jordan Bardella, président du Rassemblement national, y a été la figure de proue. Devant une foule chauffée à blanc, il a martelé : « Notre victoire est proche » et promis aux Italiens que la France se préparait à « dire adieu à Macron ». À ses côtés, Matteo Salvini a exigé la suspension immédiate du Green Deal et du Pacte de stabilité. A Barcelone, Pedro Sánchez, Lula et Claudia Sheinbaum organisaient leur propre meeting pour « protéger la démocratie ». L’Europe est coupée en deux.
Un front souverainiste qui assume ses priorités
Le meeting, intitulé « Sans peur : en Europe, patrons chez nous », a duré près de trois heures. Bardella a explicitement qualifié le gouvernement italien de Giorgia Meloni d’« ami » avec lequel il espère gouverner demain.

Salvini, vice-président du Conseil, a été plus concret encore : le Green Deal n’a « rien de vert », ce n’est qu’« un ensemble de règles, de contraintes et de taxes absurdes » qui appauvrissent les entreprises italiennes et européennes au profit des chinois et de la spéculation financière.

Le vice-Premier ministre italien réclame également la suspension du pacte de stabilité, afin de permettre aux États de soutenir leurs économies face à la crise énergétique. Une position qui révèle une tension majeure : ces partis, souvent présentés comme libéraux, plaident ici pour un interventionnisme budgétaire, en contradiction avec les règles européennes qu’ils dénoncent.
Dans le même temps, une contre-manifestation réunissant plusieurs milliers de militants antifascistes s’est tenue à proximité, illustrant la polarisation des sociétés européennes. À Barcelone, un sommet progressiste réunissait simultanément Pedro Sánchez, Lula et Claudia Sheinbaum, appelant à « protéger la démocratie » face à ces mouvements.
Des calculs politiques sous couvert d’unité européenne
Derrière l’affichage d’un front commun, les intérêts nationaux restent déterminants. En Italie, Matteo Salvini cherche avant tout à enrayer l’érosion électorale de la Ligue, concurrencée sur sa droite par le mouvement du général Roberto Vannacci. Cette mobilisation à Milan apparaît ainsi comme une tentative de reconquête de son socle électoral lombard.

Pour Jordan Bardella, l’enjeu est différent : crédibiliser une alternative de pouvoir en France en s’inscrivant dans une dynamique européenne. Le soutien affiché au gouvernement de Giorgia Meloni vise à normaliser son image et à rassurer ses partenaires économiques et politiques.

À Milan, ce rassemblement a posé les termes du prochain bras de fer : soit les nations reprennent le contrôle de leur destin économique et migratoire, soit l’UE continue d’asphyxier ses membres au nom d’un dogme vert et budgétaire intouchable.

Cependant, Bardella « se prépare à dire adieu à Macron » depuis 2022, et Salvini gouverne l'Italie depuis des années sans avoir suspendu ni le Green Deal ni le Pacte de stabilité. Entre la promesse de tribune et la réalité du pouvoir, le fossé reste, lui, bien réel.
