Cinquante pour cent des salariés français en détresse psychologique, un risque de burn-out deux fois plus élevé qu'avant le Covid, 62 % des DRH eux-mêmes à bout : le baromètre Empreinte Humaine– Ipsos BVA, publié en juin 2025, dresse un tableau clinique alarmant. Pendant ce temps, les « programmes de bien-être » fleurissent dans les brochures RH. L'écart entre le discours et la réalité n'a jamais été aussi béant.

Le dernier baromètre Empreinte Humaine, réalisé avec Ipsos BVA et publié le 2 juin, dresse un constat préoccupant. Près de 50 % des salariés interrogés déclarent être en situation de détresse psychologique, contre 47 % en décembre 2025. Plus inquiétant encore, 16 % évoquent une détresse psychologique « très élevée », tandis que 45 % doutent de leur capacité à tenir mentalement jusqu’à l’âge de la retraite. Pour Christophe Nguyen, psychologue du travail et cofondateur d’Empreinte Humaine, le risque de burn-out sévère est désormais deux fois plus élevé qu’avant la crise sanitaire. Une dégradation qui ne touche plus seulement certaines catégories professionnelles. Cadres, employés, hommes, femmes, jeunes actifs ou seniors : aucun groupe n’échappe désormais à cette fragilité croissante.
Aucun salarié n'est épargné pas même les DRH
Depuis la création du baromètre sur la santé mentale au travail en 2020, les résultats n’ont jamais été aussi inquiétants. La dernière étude réalisée par Ipsos BVA a révélé que le nombre de travailleurs en état de détresse psychologique a atteint un niveau record. Selon Christophe Nguyen, psychologue du travail et cofondateur d’Empreinte Humaine, « le risque de burn out sévère est deux fois plus important qu’avant la crise sanitaire ».

Selon le baromètre publié mardi, près de 50% des salariés présentent des signes de détresse associés à des symptômes d’épuisement et de dépression. 16% d’entre eux souffrent de burn-out sévère. Notons qu’en décembre 2025, 47% des travailleurs ont déjà déclaré que leur santé mentale s’est dégradée. 45% d’entre eux ont peur de ne plus être capable de tenir jusqu’à la retraite, sur le plan psychologique.

Cette détresse psychologique touche aussi bien les femmes que les hommes, les cadres autant que les employés, les plus jeunes et les séniors. Toutefois, les DRH sont les plus exposés à ce problème de santé mentale. 62% des personnes qui exercent cette fonction disent être en état de détresse psychologique.
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Les facteurs invoqués forment un inventaire du monde du travail contemporain : isolement, pression sur les objectifs, montée de l'IA perçue comme une menace, tensions géopolitiques diffuses, et surtout ce que Nguyen nomme la « qualité empêchée » l'impossibilité structurelle de faire un travail dont on peut être fier. Accélération des rythmes, processus absurdes, désaccords ouverts entre managers : les salariés ne sont plus seulement épuisés, ils sont humiliés par l'inutilité ressentie de leur propre activité.
La prévention : un marché prospère, une efficacité anémique
C'est ici que l'analyse doit aller plus loin que le constat. Le secteur du « bien-être au travail » représente en France un marché en forte croissance : séances de méditation en entreprise, applications de pleine conscience, coaches certifiés, bilans de résilience. Empreinte Humaine elle-même est un cabinet commercial qui vend des prestations aux entreprises qu'il ausculte.
Ce conflit d'intérêts latent n'invalide pas ses données, mais il invite à lire ses recommandations avec lucidité. Car le diagnostic est sans appel : seulement 10 % des salariés bénéficient d'un bon climat de sécurité psychologique réel. Dix pour cent. Après des années de « plans QVT », de chartes bien-être et de webinaires sur la gestion du stress.

La conclusion s'impose d'elle-même : les entreprises ont massivement investi dans les apparences de la prévention, non dans ses conditions structurelles. Si rien ne change, les arrêts maladie pour motifs psychologiques continueront de progresser. Et le coût économique sera considérable. Mais le véritable danger est ailleurs : lorsqu’une société produit massivement des travailleurs démotivés, anxieux et désengagés, c’est sa capacité même à créer de la richesse qui finit par s’éroder. Derrière la crise du burn-out se profile peut-être une crise plus profonde : celle du modèle managérial contemporain.


