Par Vincent Clairmont
Un lecteur demande ce qu'il faut penser de la chute du yen, et si elle remet en cause la poche multi-devises du Barbell. Réponse en trois mécanismes, une contre-thèse et une discipline.
Le 30 juin, le yen a franchi 162 yens pour un dollar, son plus bas niveau depuis décembre 1986. La Banque du Japon a pourtant relevé son taux directeur à 1 % le 16 juin — un sommet depuis 1995 — après avoir dépensé environ 72,5 milliards de dollars d'interventions de change entre fin avril et fin mai, puis de nouveau le 11 juillet. Un lecteur me demande ce qu'il faut en penser, et si la ligne yen de la poche multi-devises du Barbell doit être liquidée. La question est légitime. La réponse tient en trois mécanismes.
Premier mécanisme : une monnaie paie toujours la facture de la répression monétaire
Le Japon sort de trois décennies de taux administrés à zéro, de contrôle de la courbe des taux (yield curve control : la banque centrale fixe le rendement des obligations d'État en les achetant sans limite) et d'une dette publique supérieure à 230 % du PIB, dont environ la moitié loge au bilan de la BoJ. Dans la grille autrichienne, ce n'est pas une politique monétaire, c'est un report de faillite : les taux ne peuvent pas monter au niveau qui défendrait la monnaie sans faire exploser la charge de la dette. Quand l'ajustement est interdit sur les taux, il se fait sur le change. La crise de dette japonaise migre vers le marché des changes — elle ne disparaît pas, elle change d'adresse.
Deuxième mécanisme : le différentiel de taux nourrit le carry trade
Le carry trade — emprunter en yens à 1 %, placer en dollars à des rendements supérieurs — reste rentable tant que la Fed demeure restrictive. L'encours agrégé est estimé entre 10 000 et 20 000 milliards de dollars. Tant que ce différentiel