Par Thibault de Varenne
À Brühl, le chancelier Merz a parlé du « début d'une nouvelle doctrine » ; Paris jure que la doctrine ne change pas. Entre l'Allemagne qui veut être couverte et la France qui n'a rien promis, quelque chose se joue que les communiqués ne disent pas : la dissuasion, ou la parole donnée.
Vendredi 17 juillet, au château d'Augustusburg, près de Cologne, le vingt-cinquième Conseil des ministres franco-allemand s'est achevé sur une annonce que les journaux ont expédiée en une ligne : des forces allemandes participeront, d'ici l'an prochain, à un exercice français de dissuasion nucléaire. Une première depuis que la France a une bombe. Quelques jours plus tôt, des mécaniciens allemands avaient travaillé, aux côtés des nôtres, sur des Rafale à capacité nucléaire, sur la base de Nörvenich. Le chancelier Merz a parlé du « début d'une nouvelle doctrine ». Paris a aussitôt précisé que la doctrine ne changeait pas. Il faudra bien, un jour, choisir entre ces deux phrases.
Reprenons les faits, car ils sont plus modestes que le décor. Ce qui a été convenu à Brühl tient en trois éléments : une participation de forces conventionnelles allemandes à un exercice de type Poker — accompagner les raids, ravitailler, escorter, jamais toucher à l'arme ; une feuille de route capacitaire commune, tirant les leçons de l'échec du SCAF ; et la mise en musique de la « dissuasion avancée » esquissée par le président de la République dans son discours du 2 mars — huit pays européens associés, mais « sans aucun partage de la décision ultime », laquelle demeure au chef de l'État, seul. Rien, dans les textes, ne partage quoi que ce soit.
On nous rassure donc ; on multiplie les communiqués ; on répète que la doctrine est intacte et que le partage nucléaire de l'OTAN n'est pas concerné. Mais si rien ne change, que célébrait-on à Brühl ? Un chancelier allemand ne parle pas de