Iran, guerre régionale aujourd'hui, guerre mondiale demain? par Thibault de Varenne

Iran, guerre régionale aujourd'hui, guerre mondiale demain? par Thibault de Varenne


Partager cet article

Le 28 février 2026 restera dans les annales diplomatiques comme le jour où l'illusion de la « frappe chirurgicale » s'est fracassée sur les réalités brûlantes du Levant. En lançant l'opération Epic Fury (ou Rising Lion), Washington et Tel-Aviv n'ont pas seulement visé les centrifugeuses de Natanz ou les centres de commandement de Téhéran ; ils ont, par une réaction en chaîne dont la maîtrise leur échappe déjà, acté la naissance du premier conflit régional total de cette décennie. Mais au-delà des décombres, une question hante désormais les chancelleries : sommes-nous à la veille d'une déflagration systémique mondiale?

L'illusion du confinement : un brasier déjà régional

Ceux qui espéraient un duel confiné aux frontières de la République islamique en sont pour leurs frais. Dès les premières quarante-huit heures, la guerre a muté. Sous le nom de code « Promesse Honnête 4 », Téhéran a activé une stratégie de défense par la contagion. Ce n'est plus une guerre contre l'Iran, c'est une guerre depuis l'Iran qui embrase huit pays voisins.

La probabilité d’un conflit régional impliquant l’Iran désormais supérieure à 75%, par Thibault de Varenne
L’essentiel : le Moyen-Orient est au bord d’une conflagration systémique alors que l’administration Trump durcit sa posture face à Téhéran. Les analystes et les marchés de prédiction estiment désormais à plus de 75 % la probabilité d’une intervention militaire américaine ou d’un conflit régional majeur d’ici le printemps 2026. Pourquoi c’est important

Le bilan est sans appel : des missiles iraniens ont lacéré le ciel de l'Irak, du Koweït, du Qatar et des Émirats arabes unis. À Dubaï, les incendies au port et les interceptions au-dessus de l'aéroport international ne sont pas seulement des dommages collatéraux ; ils sont le signal d'une paralysie délibérée des infrastructures de l'ordre global. La Jordanie elle-même, prise entre deux feux, voit ses défenses saturées par des projectiles dont elle ne peut plus ignorer la provenance. La mort confirmée du Guide suprême Ali Khamenei le 1er mars n'a pas décapité la menace ; elle a libéré la fureur asymétrique d'un axe de la résistance qui joue sa survie.

Le verrou d'Ormuz : l'arme économique absolue

La mondialisation du conflit ne passe plus seulement par les missiles, mais par les prix. Le détroit d'Ormuz est devenu le centre de gravité de cette métastase guerrière. En déclarant le passage « interdit », les Gardiens de la Révolution ont posé un garrot sur l'artère où transite 20 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondial.

Les chiffres sont de froids messagers : plus de 150 pétroliers sont actuellement immobilisés, incapables de franchir ce goulet d'étranglement de 50 kilomètres. Le baril de Brent a bondi de 10 % en 48 heures, franchissant la barre des 80 dollars avec une cible évidente à 120 dollars si le blocage perdure. Pour l'Asie — et singulièrement pour la Chine qui importe 25 % de son énergie du Golfe — c'est un choc vital. Pour l'industrie européenne, déjà chancelante, c'est la menace d'une inflation galopante et d'un effondrement des chaînes d'approvisionnement.

L'ombre des géants : le pacte de la rupture

Le véritable risque de basculement vers une guerre mondiale réside cependant dans la structure des alliances. Le pacte stratégique trilatéral signé le 1er février 2026 entre l'Iran, la Russie et la Chine n'était pas une simple formalité diplomatique. C'était l'acte de naissance d'un bloc multipolaire prêt à contester l'hégémonie occidentale par tous les moyens, y compris technologiques.

Moscou ne se contente plus de condamnations verbales. L'accélération des livraisons de systèmes de défense aérienne Verba, d'avions de chasse Su-35 et d'hélicoptères Mi-28 juste avant l'offensive montre que Téhéran a été préparé au choc. Si le bouclier technologique russe n'a pu empêcher l'élimination de Khamenei, l'implication de personnels et de renseignements russes sur le terrain crée un point de contact direct et inflammable entre l'OTAN et le Kremlin.

Guerre au Moyen-Orient : quels risques pour l’épargnant français ? par Vincent Clairmont
Soyons lucides : ce que nous vivons en ce premier trimestre 2026 au Moyen-Orient n’est plus une crise, c’est une mutation structurelle du chaos mondial. Entre une Syrie fragmentée après la chute d’Assad, un Iran sous pression et un “facteur Trump” qui souffle le chaud et le froid, l’épargnant français est

Le front invisible : la cyber-guerre industrielle

Enfin, cette guerre est mondiale par sa dématérialisation. L'Iran subit un blackout numérique quasi total, son trafic internet chutant à 4 % de son volume normal dès le début des frappes. Mais cette offensive cyber américano-israélienne ouvre une boîte de Pandore : celle d'une riposte industrialisée visant les infrastructures critiques occidentales. Le risque de sabotages de réseaux électriques ou de systèmes financiers n'est plus une théorie d'expert, mais une modalité de combat intégrée à une géopolitique où la désinformation par l'IA et la cyber-extorsion sont devenues des armes de destruction massive de la confiance publique.

L’or monte : quand faudra-t-il vendre ? par Vincent Clairmont
L’essentiel : Le marché de l’or a franchi un cap historique ce lundi 2 mars 2026, propulsé au-delà des 5 300 $ l’once après des frappes coordonnées des États-Unis et d’Israël contre l’Iran survenues durant le week-end. Pourquoi c’est important : Ce n’est plus une simple spéculation. Le métal jaune s’impose comme la

Le vertige du vide

Donald Trump a promis une liberté prochaine au peuple iranien, l'enjoignant à « reprendre son gouvernement ». Mais entre le rêve d'une libération démocratique et la réalité d'un pays de 92 millions d'habitants risquant de devenir un État failli, la ligne de crête est étroite. Si l'Iran s'effondre dans le chaos civil, les ondes de choc migratoires et sécuritaires finiront de mondialiser un conflit qui ne se gagnera pas seulement avec des bombes B-2.

L'histoire nous enseigne que les guerres mondiales commencent rarement par une déclaration solennelle, mais souvent par une succession d'engrenages que personne n'ose arrêter. En ce début de mars 2026, l'engrenage est en marche. La question n'est plus de savoir si le conflit est régional — il l'est — mais si l'Occident dispose encore des leviers pour empêcher qu'il ne devienne le tombeau de la stabilité planétaire.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Qui est Bally Bagayoko, candidat LFI élu au premier tour à Saint-Denis, par Elise Rochefort

Qui est Bally Bagayoko, candidat LFI élu au premier tour à Saint-Denis, par Elise Rochefort

Grâce à une intense campagne de dénigrement sur le mode de l'antisémitisme, LFI a réalisé une percée significative dans les villes de plus de 100.000 habitants. Bally Bagayoko, élu au premier tour dans la ville des rois, Saint-Denis, face au maire sortant, en est une figure emblématique. Bally Bagayoko est une figure centrale de La France Insoumise en Seine-Saint-Denis, dont le parcours et la stratégie expliquent la victoire historique dès le premier tour à Saint-Denis. Parcours et profil pol


Rédaction

Rédaction

Inventaire avant fermeture : LFI confirme la fin de la France des petits blancs...

Inventaire avant fermeture : LFI confirme la fin de la France des petits blancs...

On les disait battus d'avance, pour fait d'antisémitisme. Et finalement, les LFI effectuent une percée contre la pensée mainstream ! Leur secret ? Avoir parié sur cette France nouvelle, celles des enfants d'immigrés, des banlieues, des invisibles que la droite et la caste méprisent ostensiblement. Jusqu'où iront-ils ? (première chronique de la lucidité mélancolique que je rédige sur le Courrier) Rochebin : « Saint Denis c’est la ville des rois » Bagayoko : « des noirs la ville des noirs »pic.


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

L'humeur de Veerle Daens : la dynastie des Duhamel, ou quand l'info mainstream est une affaire de famille

L'humeur de Veerle Daens : la dynastie des Duhamel, ou quand l'info mainstream est une affaire de famille

Veerle Daens revient pour nous sur l'entre-soi hallucinant, tellement Ancien Régime, de l'information télévisée française, structurée autour de la famille Duhamel. Mais ! chut ! nous sommes dans une grande démocratie où l'égalité des chances et la méritocratie triomphent... 🇫🇷📺 La dynastie Duhamel est présente sur quasiment tous les plateaux des chaînes d’infos en continu ce soir : - Le fils, Benjamin Duhamel, sur France 2 - Le père, Patrice Duhamel, sur LCI - La mère, Nathalie Saint-Cricq,


CDS

CDS

De Guaino à Zemmour: comment Sarah Knafo s’est imposée dans une droite en crise

De Guaino à Zemmour: comment Sarah Knafo s’est imposée dans une droite en crise

Avant de devenir l’une des architectes de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour en 2022, Sarah Knafo avait déjà attiré l’attention d’un poids lourd de la droite française : Henri Guaino. Ce passage peu connu éclaire les réseaux intellectuels et politiques dans lesquels s’est forgée l’une des stratèges de la nouvelle droite française. Jeune diplômée de Sciences Po, Sarah Knafo a vite grimpé les échelons. A seulement 32 ans, elle fait partie des plus grandes figures de l’extrême droite en Fra


Rédaction

Rédaction