De quelle dérive maçonnique le procès Athanor est-il le signal ?

De quelle dérive maçonnique le procès Athanor est-il le signal ?

Le procès Athanor établit la dérive d'une loge — pas celle d'une institution. Quatre acceptions du mot « dérive », inégalement documentées. Le point, daté.


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Par Elise Rochefort

La cour d'assises spécialement composée de Paris a rendu son verdict le vendredi 17 juillet dans le procès dit « Athanor », du nom d'une loge maçonnique de Puteaux (Hauts-de-Seine) présentée par l'accusation comme le lieu de rencontre et de recrutement d'une officine criminelle. Après trois mois et demi d'audience — environ 600 heures de débats, 194 questions, 22 accusés, une centaine d'infractions commises sur cinq ans —, dix-sept accusés ont été déclarés coupables et cinq acquittés, les peines s'étageant de six mois avec sursis à trente ans de réclusion criminelle.

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Depuis le verdict, le mot « dérive » est employé de toutes parts — par la presse généraliste, par la presse maçonnique elle-même, par les obédiences dans leurs communiqués. Le terme recouvre pourtant au moins quatre réalités distinctes, que le dossier établit inégalement : la dérive d'une loge, celle d'un mécanisme, celle d'anciens serviteurs de l'État, celle d'un dispositif de contrôle. Les distinguer est l'objet de ce qui suit — car un signal ne se lit qu'à condition de désigner ce qu'il annonce.

Première acception : la dérive d'une loge

C'est la seule que le verdict établisse.

Les faits jugés s'échelonnent de 2018 à 2020 : un vol d'ordinateur précédé d'une agression, qualifié d'espionnage économique ; un incendie de véhicule en 2019 ; l'assassinat de Laurent Pasquali, ancien pilote automobile, tué à Levallois-Perret en novembre 2018 pour une dette de 100 000 euros selon l'accusation, son corps enterré dans un bois de Cistrières (Haute-Loire) ; deux projets d'assassinat, visant Marie-Hélène Dini, coach professionnelle, et Hassan Touzani, syndicaliste de la plasturgie — aucun mené à terme. Au sommet de ce que les enquêteurs ont qualifié de « PME du crime », trois hommes qui se sont connus à la loge Athanor : Jean-Luc Bagur, 69 ans, coach d'affaires et vénérable de la loge, présenté comme le commanditaire de l'opération Dini pour un prix évoqué de 70 000 euros ; Frédéric Vaglio, 53 ans, intermédiaire, condamné à vingt-cinq ans ; Daniel Beaulieu, 72 ans, ancien agent de la DCRI (devenue DGSI en 2014), chargé de constituer les équipes, condamné à trente ans. Sébastien Leroy, cheville opérationnelle, a été condamné à vingt-sept ans — cinq de plus que les réquisitions, selon les comptes rendus disponibles. Dylan Bilheude, présenté comme l'auteur des coups mortels, a été acquitté au bénéfice du doute : les organisateurs du meurtre sont condamnés, aucun auteur matériel n'est, en l'état, désigné par une décision de justice.

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La qualification retenue par l'instruction mérite d'être restituée exactement : la loge a été décrite comme le lieu de rencontre et de recrutement du réseau — non