À 67 et 66 ans, Micheline et Eric veulent abandonner leur camping-car après cinq années de vie itinérante. Derrière leur lassitude, ils dénoncent surtout les barrières imposées aux camping-caristes et un paradoxe administratif : propriétaires de leur véhicule, retraités et contribuables, ils disent être parfois assimilés à des SDF.
Après cinq ans de vie nomade, Micheline et Eric, 67 et 66 ans, veulent retrouver une maison. Ce couple de retraités dénonce une stigmatisation croissante des camping-caristes en France, où logements de location introuvables et rejet social se conjuguent. Leur témoignage éclaire une réalité que peu de médias documentent : l'envers du décor de la « vanlife » senior.
Une liberté qui finit par coûter cher
Le projet avait pourtant tout d’une retraite idéale. Eric, ancien fonctionnaire du logement social en Seine-Saint-Denis, et Micheline, ancienne professionnelle auprès d’enfants maltraités en région parisienne, avaient choisi, au moment de leur retraite, de troquer leur logement de fonction contre un camping-car de six places.

La première année, le couple voyage beaucoup. Puis la crise sanitaire bouleverse leur programme. Après cette période, ils s’installent dans les Deux-Sèvres, sur les terres d’origine de Micheline. Mais cinq années de vie dans un espace réduit finissent par peser. Eric résume la situation dans Ouest-France : « Cinq ans de promiscuité, ça fatigue ».
Des camping-caristes confrontés à des barrières
Le problème n’est toutefois pas seulement matériel. Micheline affirme constater de plus en plus d'hostilité à l’égard des personnes vivant à l’année dans leur véhicule. « On nous met des barrières », déplore-t-elle, allant jusqu’à dire : « On est des pestiférés ».

Les camping-caristes peuvent être tolérés comme touristes de passage tout en devenant beaucoup plus problématiques lorsqu’ils utilisent leur véhicule comme véritable résidence. Le couple affirme ainsi être parfois considéré comme SDF par « l’administration et la société », alors même qu’il assure payer ses impôts.
Aujourd’hui, le couple cherche un toit à Niort ou alentours. Rien à louer. Ils sont sur liste d’attente dans une agence immobilière. Si la société encourage la mobilité, le tourisme et certaines formes d’habitat alternatif, malheureusement les individus qui prolongent cette mobilité peuvent rapidement se retrouver dans une zone grise sociale et administrative. À l’autre bout de la chaîne, lorsqu’ils souhaitent redevenir locataires, ils découvrent la pénurie du logement.

Le camping-car devait être un symbole de liberté à la retraite. Pour Micheline et Eric, il devient finalement le rappel qu’en France, même choisir sa manière d’habiter peut se transformer en parcours administratif et immobilier semé d’obstacles.


