Eau potable, hôpital, formation professionnelle, finances locales : en Guadeloupe et à Saint-Martin, la Chambre régionale et territoriale des comptes (CRTC) aligne les alertes. Des millions d’euros publics sont mobilisés pour maintenir à flot des structures dont les défaillances de gestion persistent, tandis que les usagers continuent de subir coupures d’eau et dégradation du service.
Installée à Dothémare, aux Abymes, la CRTC a consacré la moitié de son activité 2025 à la Guadeloupe et aux anciennes îles du Nord : sept contrôles de gestion, quatorze contrôles budgétaires sur saisine préfectorale, quatre demandes d'inscription obligatoire au budget. Quatre rapports concentrent l'essentiel des constats accablants.
Des millions investis, un réseau qui fuit toujours
Le cas du Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de la Guadeloupe (SMGEAG) résume à lui seul le problème. Depuis sa création, l’organisme accumule les difficultés financières. Entre 2021 et 2024, son déficit cumulé atteint 37 millions d’euros, compensés par des financements de l’État. Dans le même temps, le taux de recouvrement des factures ne dépasse pas 60 %.

Les pertes sur le réseau d’eau potable sont estimées à près de 70 %. Malgré 165,5 millions d’euros provenant de l’État et de l’Europe consacrés à l’amélioration du réseau et à la réduction des « tours d’eau », les difficultés persistent. La Chambre relève également un poids élevé des dépenses de personnel, représentant environ 45 % des produits d’exploitation.
Autrement dit, l’argent public ne manque pas. C’est le pilotage qui semble faire défaut. La facture est ensuite supportée collectivement, tandis que la continuité du service demeure insuffisante.
Hôpital et formation : quand les structures publiques ne parviennent plus à se piloter
Le centre hospitalier de Capesterre-Belle-Eau présente un autre visage de cette crise administrative. Gouvernance insuffisamment structurée, absence d’organisation en pôles cliniques, difficultés de pilotage administratif, gestion immobilière contestée : les anomalies s’accumulent. L’établissement a finalement été placé sous administration provisoire avant d’être placé sous la direction de l’hôpital de Basse-Terre.

La Chambre met également en cause la fiabilité de certains comptes et le retard de transmission des documents budgétaires. Les résultats présentés comme excédentaires reposeraient largement sur les aides publiques, tandis que les charges de personnel progressent plus rapidement que l’activité.
Même diagnostic à Guadeloupe Formation. L’activité aurait chuté de près de 60 %, laissant une partie importante des quelque 200 agents en situation de sous-emploi. Retards de rémunération des stagiaires, comptes jugés insincères et existence de comptes bancaires privés jusqu’en 2021 figurent parmi les anomalies relevées. La Chambre envisage une réforme profonde, voire une dissolution.
Saint-Martin : l’addition des mauvais choix
À Saint-Martin, sur 230 millions d’euros de crédits prévus pour la reconstruction, seuls 52,7 millions auraient été effectivement consommés, notamment faute d’ingénierie suffisante pour conduire les projets. Dans le même temps, entre 2019 et 2023, les charges augmentent de 41 millions d’euros quand les recettes diminuent de 19 millions.

Le projet de reprise à 100 % d’Air Antilles ajoute un risque financier supplémentaire pour la collectivité. Ces rapports révèlent surtout une difficulté structurelle : multiplier les financements, les établissements et les dispositifs ne garantit ni l’efficacité ni la responsabilité.
En Guadeloupe, cette mécanique produit des décennies d’argent public englouti dans des infrastructures et des structures censées assurer des services essentiels, alors que l’eau ne coule toujours pas régulièrement au robinet.


