Zelensky pique une colère parce que le Chancelier Scholz suit les intérêts…de l’Allemagne! par Jean Goychman

Zelensky pique une colère parce que le Chancelier Scholz suit les intérêts…de l’Allemagne! par Jean Goychman


Partager cet article

Volodymir Zelensky n'est pas content: L'Allemagne a obtenu du Canada que les turbines de Siemens en réparation sur son territoire soient bien réexpédiées, malgré les sanctions, vers le gazoduc Nordstream 1. Le Chancelier Scholz pense aux intérêts de l'Allemagne. Et le président ukrainien a du mal à se rendre à l'évidence: l'Ukraine ne sera pas toujours au centre des préoccupations de ses voisins.

Volodymir Zelensky a piqué un coup de sang contre le Canada. Il a appris que des turbines servant à alimenter le gazoduc partant de la Russie vers l’Europe, qui avaient été envoyées dans une usine canadienne de Siemens pour des interventions de maintenance, allaient repartir vers la Russie. Ce monsieur, qui s’est vite habitué à la lumière des projecteurs de l’actualité ne va par rater une telle l’occasion de les voir à nouveau braqués sur sa personne.

 

Le sort de l’Allemagne ne lui importe pas.

Visiblement centré sur lui-même, il brandit les « sacro-saintes » sanctions pour donner sa vision des choses. D’après lui, ces turbines doivent rester au Canada et c’est tant mieux si le gaz ne parvient plus à destination. Curieuse façon de remercier les Allemands de leur soutien. Après tout, ils n’avaient qu’à s’arranger autrement et ne pas dépendre du gaz russe. Monsieur Zelensky oublie-t-il que nombre de pays européens ont plus ou moins la même dépendance ?

 

Après tout, que lui devons nous ?

Pourquoi ne se débrouille-t-il pas tout seul contre la Russie ? Beaucoup de pays européens prennent un  risque qui peut leur coûter cher dans le futur en l’aidant financièrement et militairement. Quelqu’un pourrait-il lui faire remarquer que rien ne lui est dû par avance et, puisqu’on invoque souvent les principes démocratiques, aucun des gouvernants de ces pays n’a sollicité le moindre avis des populations qu’ils représentent ?   Peut-être aurions-nous quelques surprises ? Le principe trop souvent utilisé du « qui ne dit mot consent » est bien commode mais possède ses limites.

 

La tutelle du grand frère américain.

Le jeu américain est de plus en plus visible. Le sort de l’Ukraine n’ intéresse pas les Etats-Unis et il s’agit pour eux d’affaiblir le plus possible la Russie. L’Etat profond continue à voir en elle la source de tous les maux de la planète. Au moins, on peut leur rendre cette justice que, depuis presqu’un siècle, la majeure partie de ceux qui le constituent n’a jamais changé d’avis.

Mais si leur avis n’a pas changé, le monde, lui, a changé et continuera à évoluer. Les alliés d’aujourd’hui peuvent devenir les ennemis de demain, simplement parce que les intérêts à défendre ne seront plus les mêmes. Au XIXème siècle, la « Pax Britannica » s’étendait sur (presque) toute le planète, mais la guerre de Crimée puis l’arrivée de Bismarck et la résistance de l’Empire Chinois ont finalement eu raison d’elle.

La guerre de 14 a consacré l’hégémonie américaine, mais il se pourrait que celle-ci cède à son tour la place à la Chine dans un avenir rapproché. Que deviendrait alors l’Europe ? Et cet avenir est d’autant plus inquiétant que nous faisons tout pour précipiter la Russie vers la Chine. A cela, Volodymir Zelensky s’emploie ardemment. 

 

La réaction allemande

Elle ne s’est pas fait attendre. Les relations entre la BCE et la BundesBank, déjà tendues, ne s’améliorent pas et le ministre allemand des finances à fait savoir qu’il s’opposerait à un nouvel emprunt de 9 milliards pour venir en aide à l’Ukraine. Certes, le désaccord semble porter sur le fond, à savoir un emprunt « mutualisé », cher à Emmanuel Macron qui, lui, est prêt à tout mutualiser pour noyer la déjà colossale dette française dans le puits sans fond qu’est devenu le bilan de la BCE. Mais au-delà de la forme du prêt, il semble qu’il y ait bien une volonté du Chancelier allemand de ne pas attirer sur l’Allemagne les foudres de la Russie.

 

Le Chancelier Scholtz divise l’Europe

Sa position est pourtant de bon sens. Soucieux de ne pas précipiter l’Allemagne dans une crise économique profonde dont elle mettrait des années à de relever, il est partisan du maintien de l’approvisionnement en énergie au moyen des sources actuelles provenant pour une large part de la Russie. Il ne veut donc en aucun cas fournir à cette dernière l’excuse derrière laquelle elle s’abriterait pour justifier la fermeture du gazoduc.

Mais cette position est certainement très diplomatique. Déja accusé de freiner l’aide vers l’Ukraine, il n’a que mollement répondu. On peut également penser que les intérêts de l’Allemagne sont plus importants pour lui que cette guerre en Ukraine qui, de toutes façons, se terminera. La Russie sera toujours là et l’Allemagne aura toujours besoin d’elle, et c’est probablement ce qui fait enrager Volodymir Zelensky, qui, malheureusement pour lui, ne pourra probablement que frapper son bureau des ses petits poings rageurs. D’ailleurs, peu importe du moment que les caméras seront là.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
L'humeur de Veerle Daens : quand la France brade ses usines à la Chine

L'humeur de Veerle Daens : quand la France brade ses usines à la Chine

Veerle Daens revient sur ce paradoxe des rachats d'usines en France par la Chine, signalé à juste titre par Libération. L’arrogance managériale des années 2000 nous avait promis un avenir radieux : l’Occident post-industriel allait conserver la « matière grise » – les concepts, le marketing, la finance – et déléguer la basse besogne physique, celle qui salit les mains, à une Chine sagement confinée dans son rôle d’atelier du monde. Vingt ans plus tard, le réveil est un naufrage. Non seuleme


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Les États-Unis ouvrent enfin les archives OVNIS. Que contient la grande déclassification de mai 2026 ?
Photo by Oliver Pacas / Unsplash

Les États-Unis ouvrent enfin les archives OVNIS. Que contient la grande déclassification de mai 2026 ?

Des centaines de documents, photos et vidéos longtemps conservés dans les coffres-forts du gouvernement américain deviennent soudain accessibles à tous, d’un simple clic. Ce n’est plus de la fiction depuis le vendredi 8 mai 2026. Le Department of War a lancé ce jour-là la première vague de déclassification via le programme PURSUE (Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters). Sur le site officiel 158 à 162 fichiers (120 PDF, 28 vidéos et 14 images) ont été mis en ligne librem


Isabelle Hock

Isabelle Hock

État local : la décentralisation jacobine de Sébastien Lecornu, par Élise Rochefort

État local : la décentralisation jacobine de Sébastien Lecornu, par Élise Rochefort

Elise Rochefort revient sur le projet de loi de Françoise Gatel, ministre de la décentralisation, sur la simplification des normes applicables aux collectivités. Un vrai projet jacobin, qui ne dit pas son nom. C’est une constante de la physique politique française : plus l’État central proclame son amour pour les territoires, plus il resserre le nœud coulant de la tutelle administrative. Le projet de loi de Françoise Gatel, piloté en coulisses par l'axe politique de Sébastien Lecornu, s'inscrit


Rédaction

Rédaction

Enquête TeO2: un Français sur trois a un lien direct avec l’immigration

Enquête TeO2: un Français sur trois a un lien direct avec l’immigration

L’enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2), publiée ce 21 mai 2026 aux Éditions de l’Ined, dresse un portrait statistique inédit de la société française. Réalisée par l’Ined et l’Insee auprès de plus de 27 000 personnes âgées de 18 à 59 ans entre 2019 et 2020, elle révèle qu’un tiers de la population métropolitaine a un lien direct avec l’immigration sur trois générations : 13 % d’immigrés, 11 % de deuxième génération et 10 % de troisième génération. Malgré une mixité croissante et un fort sent


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany