En France, cet été, les urgences d'une cinquantaine d’hôpitaux sont en tension, faute de personnel. Fermetures nocturnes, accès « régulé » via le 15, temps d’attente record : le système hospitalier public ne remplit plus sa mission la plus élémentaire. Le contribuable finance pourtant à plein tarif un service qui tourne à mi-temps.
À Sarlat, en Dordogne, les urgences ont purement fermé après le départ en arrêt maladie des deux urgentistes. À Saint-Brieuc, l’accès aux urgences adultes est « régulé » : il faut appeler le 15 avant de se présenter. Au Bailleul, dans la Sarthe, fermeture totale les nuits et week-ends d’août.
Une crise chronique que l'État administre sans résoudre
Les difficultés ne se limitent pas aux fermetures temporaires. Au CHU de Brest, le temps moyen passé aux urgences a atteint jusqu'à neuf heures ces dernières semaines, contre six à sept heures habituellement.

Face à cette dégradation, le gouvernement vante des « solutions au cas par cas » : revalorisation des gardes, généralisation des Services d’accès aux soins (SAS) dans 93 % des territoires d’ici fin septembre, et future participation des cliniques privées à la permanence des soins grâce à une loi de 2023 encore en cours de mise en œuvre. Autant de rustines sur un système qui interdit aux médecins de s’installer librement là où la demande existe, tout en maintenant un monopole public coûteux et inefficace.
Une centralisation coûteuse qui interroge
Cette crise révèle surtout les limites d'un système fortement administré. Depuis des années, l'État régule les installations des médecins, planifie les capacités hospitalières, fixe les budgets et concentre les décisions stratégiques. Pourtant, au moment où la demande augmente, il ne parvient plus à assurer un accès immédiat aux soins d'urgence.

L'injonction faite aux patients d'appeler avant même de franchir la porte des urgences illustre ce paradoxe. Alors que les prélèvements obligatoires financent l'un des systèmes de santé les plus coûteux d'Europe, le service rendu devient variable selon le territoire et la période de l'année.
L'urgence médicale, censée relever de l'égalité républicaine, dépend désormais de plateformes de régulation téléphonique et de fermetures décidées au cas par cas. Cette crise estivale n’est pas un accident. Elle est la conséquence logique d’un système qui privilégie le contrôle administratif sur la liberté d’initiative médicale et la concurrence.

Tant que l’on refusera aux médecins libéraux la véritable liberté d’installation et que l’on maintiendra l’hôpital public comme seul horizon, les urgences continueront à vaciller dès les premiers départs en vacances. Le patient, lui, n’a pas de plan B.


