Par Thibault de Varenne
Réunis les 7 et 8 juillet à Ankara, les trente-deux jurent l'article 5 et alignent les milliards. Mais quand on suit l'argent, il prend presque toujours le même chemin : celui de l'industrie américaine. Thibault de Varenne examine une question triviale — et découvre qu'elle est la seule que ce sommet pose vraiment.
Soixante-quatre pour cent. Telle est la part des importations d'armes des membres européens de l'OTAN qui provient des États-Unis, selon les données compilées par le SIPRI. Je garde ce chiffre sous les yeux tandis que s'ouvre à Ankara, au palais de Beştepe, le trente-sixième sommet de l'Alliance, où le secrétaire général promet « des dizaines de milliards de dollars » de contrats nouveaux. La question qui sert de titre à cette chronique est triviale, j'en conviens. Elle est pourtant, à l'examen, la seule que ce sommet pose vraiment.
Suivons l'argent, puisque c'est désormais la langue officielle de l'Alliance. Cinq pour cent du produit intérieur brut exigés de chaque membre d'ici 2035, avec vérification annuelle des versements. Un forum des industries de défense logé dans les mêmes murs que le sommet, au point qu'on ne sait plus lequel est l'annexe de l'autre. Et en aval, une destination : depuis 2020, les exportations d'armes américaines vers l'Europe ont augmenté de 233 %, et le continent, qui absorbe 35 % des ventes américaines, en est devenu le premier client mondial. L'Europe se réarme ; l'industrie américaine encaisse. Le communiqué appelle cela le partage du fardeau.
Le paradoxe veut que le principal bénéficiaire de ce système en soit aussi le principal plaignant. À la veille du sommet, le président américain jugeait « ridicule » cette relation qu'il dit « unilatérale ». Unilatérale, elle l'est assurément — reste à savoir dans quel sens. On proteste ; on encaisse ; on exige davantage. Le procédé n'a rien d'inédit : c'est celui du suzerain qui a compris que la plainte est un instrument de gouvernement.
Voyez le sort réservé aux récalcitrants. L'Espagne, qui s'en tient à 2,1 % du PIB en arguant que la défense se mesure en capacités et non en pourcentages, s'est vu