La Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire vient de signer un réquisitoire implacable contre la gestion de David Samzun, maire de Saint-Nazaire depuis 2014. Explosion des dépenses, indemnités d'élus versées hors du cadre légal, concentration des pouvoirs et multiples irrégularités : les magistrats financiers le tout sur fond de concentration du pouvoir digne d'un fief. Et comme toujours, la sanction n'est pas au rendez-vous.
La CRC a contrôlé les finances, la gouvernance, les ressources humaines et d’autres aspects de la gestion municipale de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), deuxième ville du département. Le rapport (environ 56 pages) juge globalement la situation financière « saine », mais alerte sur une dégradation progressive : hausse marquée des dépenses (personnel +20 %, charges générales +34 %), recours à l’emprunt, et une capacité d’autofinancement en baisse. Aucun scandale majeur n’est relevé, mais plusieurs irrégularités et dysfonctionnements sont signalés. Le maire David Samzun (PS, en poste depuis 2014) a répondu et s'engage à régulariser.
Explosion des dépenses et dérives budgétaires
Le rapport portant sur les exercices 2019 à 2024 met en évidence une progression spectaculaire des dépenses de fonctionnement. Les charges générales augmentent de 34 %, soit 6,7 millions d'euros supplémentaires, tandis que la masse salariale bondit de 20 %, représentant 11,3 millions d'euros de dépenses additionnelles.

Conséquence directe : la capacité d'autofinancement recule de 16,6 % à 11,1 %, désormais sous la moyenne des communes comparables. Dans le même temps, le recours à l'emprunt s'intensifie et la capacité de désendettement est montée à 6,4 ans fin 2024, dépassant déjà le plafond de six ans que la commune s’était fixé pour 2029.
La Chambre régionale des comptes (CRC) des Pays de la Loire dénonce également une gestion financière défaillante : 34 % des factures ont été payées hors délai réglementaire entre 2019 et 2023. Les intérêts de retard dus aux fournisseurs atteignent 800 000 euros, alors que seulement 6 728 euros ont effectivement été versés.
Le point principal : les indemnités des élus
Les magistrats financiers pointent surtout une série d'irrégularités institutionnelles. Les majorations d'indemnités votées par le conseil municipal n'ont pas respecté la délibération initiale : elles ont été appliquées à l'ensemble des élus, y compris à ceux ne disposant d'aucune délégation, faisant dépasser le plafond légal autorisé.

- L’enveloppe globale des indemnités versées aux élus a dépassé le plafond réglementaire depuis 2020.
- Cette irrégularité (due selon la mairie, à une mauvaise interprétation de textes complexes) a représenté un surcoût estimé à environ 160 000 € sur cinq ans (0,16 M€).
- Elle a été corrigée en cours de contrôle par de nouvelles délibérations en juin 2025.
La CRC relève aussi que le règlement intérieur permet de réduire les indemnités en cas d’absentéisme, mais ce mécanisme n’a jamais été appliqué, y compris pour un élu absent de toutes les séances depuis juillet 2022.

La Chambre constate qu'au moins 102 agents sur 326 bénéficiaires de la Nouvelle bonification indiciaire (NBI) ne remplissaient pas les conditions réglementaires, générant un surcoût annuel supérieur à 110 000 euros.
Autre anomalie relevée : 395 000 repas gratuits ont été servis aux agents entre 2019 et 2024 pour un coût de 1,8 million d'euros, sans déclaration de l'avantage en nature ni base juridique adaptée.
Alors que la municipalité revendique une politique ambitieuse de démocratie participative, multipliant conseils citoyens et dispositifs consultatifs. Malheureusement, le fonctionnement interne apparaît beaucoup moins exemplaire.
Ce rapport illustre une réalité récurrente dans de nombreuses collectivités : les organes de contrôle identifient les irrégularités, chiffrent les préjudices et formulent des recommandations, mais les conséquences demeurent essentiellement administratives. Tant que la responsabilité politique ne s'accompagne d'une véritable responsabilité financière, les contribuables continueront d'assister à des dépassements budgétaires, des avantages accordés en dehors des règles et une concentration du pouvoir local sans véritable contre-pouvoir.



