Le Parlement roumain a renversé mardi le gouvernement pro-européen d’Ilie Bolojan par une motion de censure adoptée à une large majorité (281 voix). Dix mois seulement après sa formation, l’exécutif de coalition cède face à l’alliance inattendue, de la gauche et de l'extrême droite,le Parti social-démocrate (PSD) et l'Alliance pour l’unité des Roumains (AUR). Le président Nicușor Dan a immédiatement ouvert des consultations informelles avec les partis pro-occidentaux. Pendant ce temps, le leu roumain touchait un nouveau plus bas historique face à l’euro.

Le 5 mai, les députés roumains ont voté la censure du gouvernement Bolojan. L'alliance de circonstance est pour le moins révélatrice : le Parti social-démocrate (PSD), première force du Parlement, a choisi de s'acoquiner avec l'Alliance pour l'unité des Roumains (AUR), formation d'extrême droite, pour déposer la motion fin avril. Deux familles politiques en théorie irréconciliables, unies par un seul objectif : éjecter un Premier ministre qui refusait de plier. Bolojan, sommé de démissionner après que le PSD a claqué la porte de la coalition il y a douze jours, avait tenu bon. Il en paie aujourd'hui le prix.
6,2 % de déficit, zéro gouvernement
Ce qui se joue derrière les manœuvres parlementaires est d'abord financier. La Roumanie affiche en 2025 le déficit budgétaire le plus élevé de l'Union européenne 6,2 % du PIB.

Le pays, sous perfusion de fonds structurels conditionnés à des réformes d’austérité impopulaires, voit son engagement budgétaire s'évaporer. Bolojan s'était engagé à le réduire, conformément aux exigences de Bruxelles et des marchés. Résultat immédiat de l'instabilité politique : le leu roumain a touché lundi un plancher historique face à l'euro, avant même le vote de censure.

Ce signal est clair : l’instabilité politique menace la crédibilité budgétaire du pays. Or Bruxelles attend des engagements fermes de réduction des déficits. Toute dérive pourrait entraîner des sanctions ou une mise sous surveillance.
Nicușor Dan en équilibriste
Le président Nicușor Dan, élu sur une ligne pro-occidentale, ouvre désormais des consultations informelles avec les partis favorables à l'Europe pour tenter de reformer un exécutif viable. Mais la fenêtre est étroite et les partenaires potentiels peu nombreux.

Ce renversement révèle les rapports de force brutaux à Bucarest. Le PSD, formation historique souvent critiquée pour ses pratiques clientélistes, préfère bloquer les réformes plutôt que de perdre son influence. L’AUR, eurosceptique, instrumentalise le mécontentement populaire sans proposer d’alternative crédible. Derrière l’union de circonstance se cache un double refus : celui de l’ajustement budgétaire imposé par Bruxelles et celui d’une ligne atlantiste ferme.

Le président Nicușor Dan figure perçue à Bruxelles comme un gage de stabilité pro-OTAN entame désormais des consultations informelles avec les partis pro-occidentaux pour former un nouveau gouvernement. Des élections anticipées semblent improbables.

Mais le vrai enseignement de cette séquence est ailleurs : en Roumanie, un candidat eurosceptique a été éliminé de la course présidentielle par voie judiciaire et campagnes de désinformation. Le vainqueur, bien vu des capitales européennes, se retrouve aujourd'hui incapable de gouverner faute de majorité stable. La Roumanie, présentée comme rempart oriental de l'OTAN face à la Russie, ressemble surtout à un théâtre où se rejoue, en accéléré, la crise de légitimité démocratique qui ronge l'ensemble du bloc occidental.