Pourquoi les Américains ont-ils reconnu aussi rapidement que les missiles tombés en Pologne étaient ukrainiens? – Entretien avec Alexandre N

Pourquoi les Américains ont-ils reconnu aussi rapidement que les missiles tombés en Pologne étaient ukrainiens? – Entretien avec Alexandre N


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En quelques heures, le dossier était plié. Les Américains décidaient qu'il n'y aurait pas de surenchère anti-russe sur les missiles tombés en Pologne.  J'ai demandé à Alexandre N. de nous décrypter cette rapidité inhabituelle à "innocenter" les Russes. C'est moins dû à un souci de la vérité qu'au constat du rapport de forces réel, sur le terrain. Le Pentagone sait que la supériorité aérospatiale russe est bien réel et le Ministère de la Défense américain n'a pas envie de se livrer à une escalade qui se finirait par une défaitre piteuse: depuis le début de la guerre, tous les systèmes de défense antiaérienne fournis par les Occidentaux à l'Ukraine, ont été mis en échec par les armes aérospatiales russes.

J’aime toujours m’entretenir avec Alexandre N. parce que « ça décape ».  Toutes les erreurs de stratégie sont passées au crible.  Russes ou occidentales. A travers l’histoire. Mais récemment, la balance penche du côté occidental. Et, ce matin, Alexandre était particulièrement sarcastique: 
« Avez-vous remarqué la vitesse à laquelle les Américains ont douché l’enthousiasme des Polonais à déclencher l’antépénultième guerre mondiale ? La vitesse à laquelle soudain on a extrait de terre des bouts de ferraille avec des marquages ukrainiens ? Du jamais vu !« 
C’est d’autant plus vrai que sur Nordstream,  par opposition, c’est silence radio depuis des semaines. Comme quoi, quand on veut, du côté américain, on peut aller très vite vers la vérité. Mais quelle est la motivation américaine? Hier soir, on avait un scénario où Zelenski faisait des bonds en réclamant une punition sévère de la Russie. Le gouvernement polonais tendait à dramatiser. Et on avait même Associated Press qui avait interrogé une « gorge profonde » du renseignement américain qui était sûre de son coup: les projectiles incriminés étaient le résultat d’un tir russe.  Et puis ce matin tous les médias occidentaux marchent au pas. Une, deux, une deux: on vous dit que c’est une erreur ukrainienne. 
 
 

« La DCA occidentale est complètement dépassée. Il faut calmer le jeu. »

 
Pour Alexandre N.: « Le problème est simple : il faut calmer le jeu avec la Russie parce que la DCA occidentale est complètement dépassée et que, par conséquent, aucune capitale de l’OTAN n’est plus protégée« . Non seulement Kiev mais Varsovie, Berlin, Paris, Londres. Et même Washington. Mon interlocuteur ajoute:  « Aucun des systèmes n’a résisté : IRIS-T SLM allemand, Arrow-3 israelien, crotale français, … Les missiles russes ont tout percé, avec un ratio de pertes minimal. 
De plus les stocks occidentaux ont été stupidement épuisés
La raison en est tout simplement une vaste erreur de stratégie des moyens : les Occidentaux ont mal anticipé la menace aérienne « future » ( en particulier l’impact des drones et l’émergence des armes hypervéloces ) et çe n’est absolument pas réparable dans les 10 années qui viennent. Donc personne n’a envie de s’engager dans une escalade avec la Russie« . Il y a suffisamment d’esprits lucides dans les états-majors occidentaux. Et ils savent ce que les sociétés occidentales ne doivent pas percevoir: l’OTAN s’est engagé imprudemment dans un bras de fer avec la Russie. 
 

La journée du 15 novembre a montré l’impuissance ukrainienne (et donc OTANienne)

 
Il est vrai qu’il n’y a pas que des aigles dans les états-majors de l’OTAN. « On a eu droit à un méchant désaveu par le réel : Le 15 novembre au matin, la propagande américaine, reprise par les Ukrainiens et les médias européens,  expliquait que les Russes étaient en rupture de stock pour les missiles et les drones. Dans les heures qui suivent, l’Ukraine subit des attaques comme jamais!« 
 

En effet, le bilan de la journée du 15 novembre est terrible. A se demander si la montée en épingle des missiles tombés en Pologne n »avait pas pour objectif de faire oublier les destructions infligées par les Russes aux infrastructures ukrainiennes, sans que les Kiéviens puissent riposter. 

« À la suite de dizaines de frappes dans diverses régions d’Ukraine, le courant a été coupé à Kiev, Kharkov, Jytomyr, Khmelnytsky, Soumy, Lvov, Rivne, Odessa et Izyum.
Il y a également eu des frappes sur Vinnitsa, Krivoy Rog, Kovel, Krementchoug, Ivano-Frankivsk, Zaporozhye, etc. etc.
Regardez les photos/vidéos et autres détails des frappes sur la chaîne https://t.me/boris_rozhin et vous aurez une idée de la disproportion des forces, alors que l’Ukraine est entraînée par l’OTAN depuis des années« . 
 Et Alexandre N. surenchérit suite à ma question: « Lorsque Rybar expliquait ironiquement, à la fin de l’après-midi, « Dans la soirée, nous attendons des histoires sur le fait que les 120% des missiles volant vers l’Ukraine ont été abattus », il nous donne une des clés de la polémique sur les missiles tombées en Pologne. Il y avait une tentative de diversion de la part des Ukrainiens et des Polonais »

 

Les Américains ne veulent pas engager de missiles Patriot en Pologne

Mais les Américains n’ont pas voulu entrer dans ce jeu: 
« Probablement la prudence américaine s’explique-t-elle par la volonté de ne pas engager les Patriot en Pologne. On sait déjà (expérience yéménite) qu’ils ne sont pas performants. Je le sais pour ma part depuis 1992 où je l’ai vu en action sur un terrain d’essai américain. Ce missile a une faute de conception. Il ne fait pas le poids face aux missiles russes« . 
 
Est-on arrivé à un point d’inflexion, demandé-je pour finir à mon interlocuteur ? 
« Il est clair que le Pentagone ne veut pas de guerre. Pour moi, les Russes commencent donc à jouer pour que  l’Etat profond  nous fasse un remake de « règlement de compte à OK Corral » entre ceux qui veulent la guerre et ceux qui ne la veulent pas« .

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