Pékin, Washington, sans nous, par Thibault de Varenne

Pékin, Washington, sans nous, par Thibault de Varenne

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Le 18 mai, Donald Trump et Xi Jinping ont signé à Pékin deux « boards » bilatéraux, dix-sept milliards de dollars d'achats agricoles annuels, deux cents Boeing, un déverrouillage des terres rares. Aucun dirigeant français n'était dans la salle, et personne, à Paris, n'a paru s'en émouvoir. C'est peut-être cela qu'il faut commenter.

Le sommet du 18 mai à Pékin n'a pas seulement scellé une détente commerciale entre Washington et la Chine populaire. Il a acté un fait que la diplomatie française n'a pas voulu lire : la première puissance occidentale traite désormais avec la première puissance asiatique comme un égal traite avec un égal, et l'Europe, comme la France, regarde la scène depuis la coulisse.

On voudrait nous le faire croire ; on s'y emploie ; on consacre encore quelques tribunes à le démontrer. Mais l'image ne tient pas. Deux « strategic stability boards », l'un commercial, l'autre sur l'investissement, posent une architecture inédite : la reconnaissance par les Américains que Pékin n'est plus un adversaire à contenir mais un partenaire à négocier. Le Council on Foreign Relations parle déjà d'un nouveau cadre, dont les deux capitales ne s'accordent pas encore sur la définition mais qui les engage. Dix-sept milliards d'achats agricoles annuels sécurisés jusqu'en 2028, deux cents Boeing commandés, un assouplissement du verrou sur les terres rares : autant de gestes qui, mis bout à bout, dessinent le contour d'une coexistence ordonnée. Le mot pèse.

Il faut comparer ce moment à celui que la France a connu, il y a soixante ans, lorsque le général de Gaulle reconnaissait la Chine populaire le 27 janvier 1964. La décision fut alors qualifiée, à Washington comme à Bruxelles, d'aventureuse, de prématurée, de désobligeante pour les alliés. Elle était une vue. Elle visait à donner à la France une place dans le siècle qui s'annonçait. Elle reposait sur l'idée — proprement gaullienne — qu'une nation ne se définit pas par ce qu'elle suit mais par ce qu'elle anticipe.

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