MEDEF qui pleure, CPME qui rit

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La rivalité entre le MEDEF et la CPME entame une phase nouvelle qui, à ce stade, ne montre pas encore ses effets, mais pourrait avoir des conséquences importantes dans les semaines à venir. Le MEDEF semble traversé par une crise interne qui fait suite à ses étranges prises de position en matière de retraite (et singulièrement sur la disparition de l’AGIRC-ARRCO, qui ne semble guère l’avoir occupé). Pendant ce temps, la CPME continue à faire entendre sa différence et « marque des points » dans le paysage paritaire.

Le MEDEF connaît quelques événements malheureux ces derniers jours, qui clôturent un cycle de près de 10 ans entamé par Laurence Parisot. Comme l’a indiqué le Canard Enchaîné de la semaine dernière, le directeur général du mouvement patronal, Michel Guilbaud, a été remercié, après 9 ans de bons et loyaux services. Selon l’hebdomadaire, d’autres départs sont annoncés à un moment sensible pour le MEDEF tout entier. La même semaine, le président de la CPME, François Asselin, publiait une tribune dans l’Opinion qui  marquait toute sa différence avec l’approche très loyaliste de Roux de Bézieux sur la réforme des retraites.

Le MEDEF à l’aube d’une crise interne

On se souvient que les années Parisot furent marquées par d’importantes dissensions internes au MEDEF, soldées par les départs successifs de deux directeurs généraux: Jacques Creyssel, d’abord, devenu par la suite délégué général de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), Jean-Charles Simon, ensuite,  aujourd’hui directeur général d’un cabinet d’actuariat et en son temps candidat à la succession de Pierre Gattaz.

Visiblement, le tandem de choc Roux de Bézieux et Patrick Martin (président délégué qui a en charge la gestion quotidienne de la maison) a décidé de renouer avec ces années compliquées en opérant des ajustements à marche forcée. Le renoncement annoncé aux fonds du paritarisme (promis ou discuté depuis plusieurs années) obligera à des suppressions d’emploi pour équilibrer les budgets à la baisse. Tout indique que ce délestage ne sera pas complètement fluide.

Le management de Patrick Martin contesté

Dans ce contexte morose, des adhérents apprécient peu les manières de la nouvelle équipe. Geoffroy Roux de Bézieux a beaucoup répété ces derniers mois qu’il fallait sauver le soldat Macron en lui causant le moins de désagréments possibles. Pour le reste, il laisse les clés de la maison à son lieutenant Patrick Martin, qui se verrait bien président dans 5 ans.

Cette hypothèse semble peu probable, tant les manières de Patrick Martin heurtent les habitudes très parisiennes des adhérents du MEDEF. Si personne n’a à ce stade perçu clairement la vision politique et sociale du président délégué, beaucoup ont éprouvé son management pour le moins maladroit. Roux de Bézieux ne semble guère avoir éclairé l’intéressé sur les risques qu’il y avait à traiter ses bénévoles et ses financeurs comme des exécuteurs de basses œuvres.

Le retour de boomerang pourrait, tôt ou tard, être cruel.

La bonne forme de la CPME et de son président

Pendant que le MEDEF s’enfonce dans une crise où les appels de Geoffroy Roux de Bézieux appelle le gouvernement à supprimer l’AGIRC et l’ARRCO (avec l’illusion que les caisses de retraite complémentaire actuelles géreront malgré tout le régime futur), la CPME maintient sa bonne forme avec une tribune de son président dans l’Opinion qui prend le contre-pied du MEDEF.

Pour François Asselin, le maintien des partenaires sociaux dans le jeu de la retraite serait un atout. Il est le seul président patronal à contester la principe d’un régime universel unitaire et monopolistique. Accessoirement, il est le seul président patronal à contester l’absorption des petits patrons dans ce système et leur alignement sur les cotisations des salariés, registre sur lequel on attendait plutôt l’U2P, représentante, en principe, des travailleurs non-salariés.

Au passage, et selon nos informations, François Asselin devrait se présenter à un nouveau mandat de 5 ans, qu’il a toutes chances de décrocher.


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