En quoi le MEDEF n’est pas libéral…

En quoi le MEDEF n’est pas libéral…


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Pour une grande partie de l’opinion publique, le MEDEF est un mouvement libéral repoussoir, et même probablement l’incarnation aboutie du libéralisme. Si nous ne discutons pas ici la possibilité d’une aversion pour cette confédération syndicale, nous contestons son classement dans le monde du libéralisme. La bien mal nommée Rencontres des Entrepreneurs de France (REF 2019), qui succède aux universités d’été du MEDEF, l’illustre une fois de plus.

Ce qui est agaçant, avec le MEDEF, c’est qu’il pollue, dans l’esprit du public, et singulièrement dans une opinion publique de plus en plus tendue au fur et à mesure que les bouleversements technologiques la percutent, l’image de l’entreprise et de la libre concurrence. Disons même que, en se prétendant représentatif des entreprises, le MEDEF constitue un boulet à tirer pour tous les entrepreneurs qui attendent une vraie modernisation de l’économie française.

Le MEDEF et le triomphe d’une élite sclérosée par le politiquement correct

Prenons le simple exemple de cette fameuse REF 2019, où Geoffroy Roux de Bézieux a annulé préventivement la participation de Marion Maréchal Le Pen et des représentants de la France Insoumise pour éviter une polémique. On sait le fin mot de l’affaire: le gouvernement a menacé de boycotter le rendez-vous dans l’hypothèse où le Rassemblement National y serait invité. Courageux mais pas téméraire, le staff patronal a courbé l’échine devant ses maîtres.

L’affaire est d’autant plus cocasse que, parmi les entrepreneurs de France dont le MEDEF usurpe le nom et les voix, on trouve beaucoup de patrons exaspérés par cette étouffante énarchie qui leur donnent des leçons, dépassée par les changements du monde, mais toujours aussi méprisante et dominatrice qu’il y a cinquante ans, à l’époque où le « Plan » faisait la croissance. Ces patrons-là souhaitent un renouvellement en profondeur des élites qui asphyxient le pays. Ils détestent souvent le Rassemblement National, mais ils sont convaincus que les élites ne se renouvelleront pas par l’opération du Saint-Esprit et que, sans un choc d’idées, de styles, de personnes, le pays continuera à s’enfoncer doucement dans la décadence, comme en son temps l’Espagne qui suivit le siècle d’or.

Les dirigeants du MEDEF imaginent-ils qu’en subissant sans broncher les caprices d’un gouvernement étatiste qui fait exploser les déficits publics, en endossant les habits du politiquement correct en vigueur dans les salons parisiens, en obligeant les petits patrons de province à subir la tyrannie de la bien-pensance comme si le patronat était fait pour ça, il suscite l’amitié de ses adhérents? Il est vrai que, financé massivement par les contributions obligatoires des entreprises, le MEDEF n’a guère besoin d’adhérents satisfaits.

Une seule chose est sûre, ce politiquement correct des beaux quartiers, ce corset de bonnes manières et de distinction aristocratique permanente entre « populistes » et « gens fréquentables », cette connivence avec le pouvoir en place, est l’antithèse du libéralisme.

Quand, sans broncher, le MEDEF des managers soutient la politique anti-patrons

Le fond de cette imposture est bien connu et dure depuis 1945. À l’époque, le général De Gaulle avait suscité une force patronale artificielle pour gérer le paritarisme avec une CGT menaçante. Compte tenu des états de service du patronat sous Vichy, la marge d’opposition, à l’époque, était faible. Depuis cette date, le capitalisme mondial a imposé une caste de managers dont l’essentiel de la carrière se fait plus dans les salons et les cercles parisiens, et d’abord dans les cercles de la technostructure, qu’à la tête des ateliers ou des usines. D’ailleurs, une cohorte de financiers étroitement liés à l’inspection générale éponyme a patiemment organisé la délocalisation de nos industries au fil du temps et son grand remplacement par « la finance », à commencer par de grandes banques, qui vivent surtout de pénalités incessantes infligées à leurs clients faute de pouvoir créer de la vraie richesse.

Ce MEDEF-là applaudit des deux mains à une réforme des retraites qui nationalise les derniers éléments privés de l’assurance vieillesse. Ce faisant, on n’entend pas une voix, parmi les managers qui tiennent le MEDEF, pour dénoncer l’alignement futur, au forceps, des patrons sur les cotisations des salariés. Il est vrai qu’un Claude Tendil, président de la commission protection sociale du MEDEF, est un manager salarié et non un entrepreneur. Il n’a pas vécu ce que vivent les patrons de ce pays, c’est-à-dire une taxation à outrance de leur travail pour financer les retraites des autres. Et il n’a probablement pas conscience (ou alors le souhaite-t-il ardemment…) que cet alignement des non-salariés sur les salariés va décimer les rangs de ceux qui se lancent dans la création d’une entreprise sans le soutien financier de l’Etat ou de l’hyper-capital constitué.

Une chose est sûre: un mouvement patronal qui soutient le gouvernement dans son projet de doubler ou presque les cotisations personnelles des patrons pour financer la retraite des salariés n’est ni vraiment patronal, ni libéral. C’est une troupe auxiliaire, supplétive, de la technostructure administrative qui tient le pays, mais ce n’est pas une voix de l’entreprise.

L’effet toxique du MEDEF sur la modernisation de l’économie française

Alors que les dépenses publiques ne baissent pas (savamment protégées par une énarchie qui fera payer les efforts aux autres et s’en exonérera), le MEDEF a choisi son camp, et c’est terrible pour les entrepreneurs de ce pays: le camp des béni-oui-oui, des conformistes, de ceux qui se poussent dans les salons pour serrer la main des puissants, le torse courbé à la manière des petits marquis face au prince, dans l’espérance vaine de signer un contrat ou de pouvoir montrer, le dimanche au golf ou au sortir de la messe, le selfie qu’ils ont pris à côté de Sarkozy, de Le Maire ou d’une célébrité venue-là en touriste.

Tous ceux-là, pour masquer leur vacuité ou pour la transformer en norme collective, deviennent les principaux artisans du « politiquement correct », du « c’est trop risqué » et du « c’est exagéré », ces marqueurs sémantiques caractéristiques des élites françaises dont l’aversion à l’entreprise, dont la préférence pour la protection collective, sont bien connus et dilapident année après année des siècles de patrimoine.

Car la France, pour relever le défi des temps futurs, n’a pas besoin d’entrepreneurs équilibrés ou prudents, de managers avec des parachutes, des ceintures et des bretelles. Elle a besoin d’esprits dérangés, excessifs, aventuriers, de risk-takers qui secouent les usages et grattent le poil des gens installés. Bref, elle a besoin d’entrepreneurs. Ceux que le MEDEF combat et déclare hors-la-loi.


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