Le pape Léon XIV a rendu publique le lundi 25 mai 2026, en salle de presse du Saint-Siège, sa première encyclique, intitulée Magnifica humanitas. Elise Rochefort l'a analysée pour nous.

Le document avait été signé dix jours plus tôt, le 15 mai, date qui correspond au cent-trente-cinquième anniversaire de la publication de Rerum novarum par Léon XIII en 1891. L'encyclique compte 245 paragraphes répartis en cinq chapitres encadrés par une introduction et une conclusion, soit environ une centaine de pages, près de quarante mille mots et 224 références infrapaginales.
Une encyclique est une lettre solennelle adressée par le pape à l'ensemble de l'Église, et dans le cas présent expressément aussi « à tous les hommes de bonne volonté ». Elle engage les catholiques au titre du Magistère social ordinaire, sans être promulguée ex cathedra. Le choix de la date de signature inscrit le texte dans la filiation directe du pape dont Léon XIV a repris le nom et place l'intelligence artificielle au rang de question sociale équivalente à celle posée par la première révolution industrielle à la fin du XIXe siècle.
Une filiation magistérielle continue
Magnifica humanitas s'inscrit dans une lignée magistérielle bien identifiée. Rerum novarum (1891) avait traité la question ouvrière. Pacem in Terris (1963) avait abordé le désarmement et les droits humains dans le contexte de la guerre froide. Laudato Si' (2015) avait introduit la doctrine écologique sous François. Fratelli tutti (2020) avait élargi la fraternité au monde post-pandémique. Plus récemment, la note Antiqua et nova, publiée le 28 janvier 2025 conjointement par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi et le Dicastère pour la Culture et l'Éducation sous le pontificat de François, avait posé les fondations doctrinales d'une réflexion catholique sur l'intelligence artificielle, sans toutefois constituer un acte du Magistère pontifical au sens strict. Magnifica humanitas marque le passage d'un document de dicastère à une encyclique pontificale, soit le degré le plus élevé de la doctrine sociale.

Structure et progression du texte
Le texte oppose dès l'introduction deux figures bibliques, la tour de Babel et la reconstruction des remparts de Jérusalem par Néhémie, qui structurent en filigrane l'ensemble du document.
Le premier chapitre retrace les étapes de la doctrine sociale de l'Église, de Léon XIII à François, et affirme la légitimité du Magistère à se saisir des questions sociales en tant que l'Église se pose, selon la formule de Paul VI reprise dans le texte, en « experte en humanité ».
Le deuxième chapitre énumère les principes fondateurs : dignité intrinsèque et inaliénable de la personne humaine, bien commun, destination universelle des biens — qualifiée de supérieure à la propriété privée sans l'abolir —, subsidiarité, solidarité, justice sociale, option préférentielle pour les pauvres, développement humain intégral, défense des droits de l'homme.
