Loi Pacte: le Conseil Constitutionnel bouscule les institutions


Partager cet article

Il arrive au Conseil Constitutionnel de provoquer des révolutions silencieuses. Il l’avait fait en 1971 avec une grande décision sur la liberté d’association. Il vient de le refaire avec deux décisions successives sur la loi Pacte. La validation partielle de la loi, décidée aujourd’hui, devrait durablement modifier l’équilibre des pouvoirs en France et constituer une innovation de premier ordre. Elle ouvre en effet la voie à un véritable contrepoids référendaire au pouvoir législatif.

Concernant la loi Pacte le Conseil Constitutionnel vient de rendre coup sur coup deux décisions subtiles qui marqueront sans doute l’histoire des institutions françaises.

Il y a quelques jours, le Conseil Constitutionnel rendait une première décision dans le cadre de la procédure référendaire prévue depuis les réformes Sarkozy. Il validait le droit des parlementaires à tenter d’organiser un referendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris. Cette décision a été sévèrement critiquée dans la majorité, puisqu’elle revient à dire que, ce que l’Assemblée peut faire, le referendum peut le défaire avant même que la loi ne soit promulguée.

Aujourd’hui, dans le cadre du contrôle de constitutionnalité classique, le Conseil Constitutionnel a validé la privatisation des Aéroports de Paris. Pour le Conseil, on peut donc privatiser Roissy par la loi (dans des conditions statutaires contestées par la Cour des Comptes, par ailleurs). Simplement… les Sages expliquent aux députés qu’une instance suprême appelée le peuple a aussi le droit de les en empêcher par un referendum.

Alors qu’Emmanuel Macron contestait le Referendum d’Initiative Citoyenne, le Conseil Constitutionnel vient de lui porter un joli camouflet. Car la procédure retenue (autoriser un referendum sur une loi en cours de débat) n’est rien d’autre que la mise en place d’un referendum abrogatoire. Précisément ce que la majorité a passé son nom à dénoncer comme anti-démocratique.

Macron se prenait pour Jupiter. Il est devenu le souffre-douleur du Conseil Constitutionnel. Les esprits chagrins noteront que le Conseil est présidé par Laurent Fabius… dont on dit qu’Emmanuel Macron a beaucoup utilisé les réseaux sans forcément dire merci.

Parfois la vie est compliquée… et la roue tourne.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes
Photo by Waldemar Brandt / Unsplash

Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes

Le 4 avril 2007, un habitant de Jurançon (Pyrénées-Atlantiques) validait une grille au tabac-presse du quartier et empochait 5,8 millions d’euros au Loto. Dix-huit mois plus tard, la fortune avait fondu. Aujourd’hui endetté de quelque 150 000 euros, avec ses deux maisons hypothéquées, il confie à la radio locale Ici Béarn Bigorre une « haine astronomique » envers l’escroc rencontré en chemin et regrette amèrement d’avoir ignoré l’accompagnement proposé par la Française des Jeux. Une histoire ban


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Un décret paru au Journal officiel ce 30 avril officialise le retour de Pierre-André Imbert comme secrétaire général de l'Élysée. Son précédent, Emmanuel Moulin, lorgne la Banque de France. Derrière ces nominations techniques se dessine une stratégie de placement institutionnel en cette fin du deuxième mandat de Macron. Pierre-André Imbert, inspecteur général des finances et ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2020 à 2023, deviendra lundi 4 mai le nouveau secrétaire général de la p


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

Le marché pétrolier n'est plus une mécanique de précision, mais une boucherie à ciel ouvert. Le Brent frôle les 120 dollars le baril et, tandis que les chancelleries s'agitent, les faits, eux, sont têtus : nous assistons à la démolition contrôlée de l'ordre énergétique mondial. Ce n'est pas une simple "crise de volatilité", c'est le grand découplage entre la géopolitique de la force et les illusions d'un marché physique en état de mort cérébrale. Pourquoi l’asphyxie mondiale impose une stratég


Rédaction

Rédaction

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

Plusieurs lecteurs m'ont demandé ce que je pensais de la directive européenne sur les rémunérations, qui va révolutionner ce sujet tabou en France. Voici une première réponse... Sous le vernis moralisateur de l'« égalité femme-homme », la Directive (UE) 2023/970 vient d’achever ce qui restait de l’autonomie de gestion dans nos entreprises. Ce n'est plus du droit social, c'est de l'ingénierie bureaucratique pure, une tentative désespérée de la Caste européenne de substituer le plan à la réalité


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe