L'humeur de Veerle Daens : quand les industriels européens chérissent les chaînes qui les étranglent

L'humeur de Veerle Daens : quand les industriels européens chérissent les chaînes qui les étranglent


Partager cet article

L’heure est grave, nous dit-on. Dans les salons feutrés et les colonnes des Échos, les capitaines d’industrie battent le rappel. Le constat est sans appel : l’Europe se vide de sa substance, ses usines plient bagage, ses capacités fondent comme neige au soleil.

Le cri est sincère, le diagnostic est alarmant, mais le remède proposé ressemble étrangement à une demande de pansement sur une jambe de bois... que nous avons nous-mêmes sculptée.

L’humeur de Veerle Daens : affaire Epstein, pour qui roule vraiment Yaël Braun-Pivet?
La présidente de l’Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet, qui n’a pas caché son soutien à Israël, s’oppose à la création d’une commission d’enquête sur les ramifications françaises de l’affaire Epstein... Mais pour qui roule-t-elle ? L’histoire politique de votre Cinquième République traverse une phase de décomposition où les institutions, censées protéger

L’électricité : l’art de payer le prix fort pour une abondance fantôme

C’est le premier acte de notre tragédie comique. Nos industriels s’alarment, à juste titre, de prix de l’énergie qui rendent toute production locale suicidaire. On pointe du doigt la géopolitique, le gaz, le destin. On oublie de saluer, avec une pointe d'ironie, le chef-d'œuvre du marché européen de l'électricité.

Quel génie a pu concevoir un système où le prix de l'électron décarboné est indexé sur celui de la dernière centrale à gaz marginale allumée à l'autre bout du continent ? Nous avons créé un marché d'ingénieurs et de comptables qui punit la proximité et l'avantage compétitif naturel. Nos leaders "chérissent l'Europe", mais semblent découvrir aujourd'hui que le marché unique de l'énergie est un mécanisme de solidarité... dans la cherté.

La paperasse, ce sport national continental

Le deuxième acte se joue sur le terrain de la complexité administrative. Nos chefs d’entreprise réclament un "choc de simplification". On ne peut que les rejoindre. Mais qui a rédigé les directives ? Qui a empilé les strates de reporting, de normes environnementales byzantines et de régulations de plus en plus intrusives ?

L’Europe est devenue cette administration qui vous coupe les jambes pour mieux vous vendre des béquilles subventionnées. On adore le concept de "marché intégré", mais on feint d'ignorer que son prix d'entrée est une bureaucratie si dense qu'elle finit par étouffer ceux qu'elle est censée protéger.

L'Europe ou les conséquences de nos amours

Le paradoxe est là : nos capitaines d'industrie sont les premiers défenseurs du drapeau étoilé. Ils aiment l'Europe, son idéal, sa paix, son marché de 450 millions de consommateurs. Mais ils en déplorent, chaque matin, les conséquences directes et prévisibles.

C’est une forme de dissonance cognitive industrielle :

  • On veut la souveraineté, mais on valide des règles de concurrence qui nous empêchent de créer des géants mondiaux.
  • On veut des prix bas, mais on maintient un marché de l'énergie qui les maintient artificiellement hauts.
  • On veut de l'agilité, mais on s'enferme dans un carcan de régulations que le reste du monde observe avec une curiosité amusée.

Réclamer des "mesures d'urgence" est une chose. Admettre que l'architecture même de nos institutions et de nos marchés est le moteur de notre déclin en est une autre. Si l'Europe perd ses capacités à une vitesse jamais vue, c'est peut-être parce qu'elle est la seule région du monde qui préfère la pureté de ses règles à la survie de ses usines.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Sainte-Foy-la-Grande: urgences fermées deux mois et demi, l'été se passera sans hôpital
Photo by Adhy Savala / Unsplash

Sainte-Foy-la-Grande: urgences fermées deux mois et demi, l'été se passera sans hôpital

Du 20 juillet au 30 septembre, l'hôpital de Sainte-Foy-la-Grande fermera purement et simplement ses urgences et son SMUR. Plus de 50 000 habitants d'un territoire rural rouleront désormais trois quarts d'heure vers Bergerac ou Libourne en cas d'urgence vitale. Les élus locaux crient à l'"inacceptable", l'État, lui, laisse courir. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq pl


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Finances fragiles, police sans pilote, subventions sans contrepartie : Avignon épinglée par la chambre régionale des comptes

Finances fragiles, police sans pilote, subventions sans contrepartie : Avignon épinglée par la chambre régionale des comptes

Un rapport, publié le 1er juillet, ne mâche pas ses mots sur la gouvernance de la commune d’Avignon (Vaucluse) . La Chambre régionale des comptes PACA vient de rendre son verdict sur la gestion d'Avignon entre 2019 et 2025 : finances fragiles, police municipale sans pilotage, subventions distribuées sans contrepartie évaluée. Un cocktail qui interroge sur l'usage réel de l'argent public dans la cité des Papes. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Cou


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany