Ah, Lisnard, ce libéral en campagne qui, il y a encore quelques semaines, tonnait contre le « système de mabouls » de la Sécu, promettant de démanteler la bureaucratie sanitaire et de rendre aux Français la propriété de leur revenu — et donc de leur santé.

On se souvient de ses déclarations du 5 mai 2026 : « Quand un pays est surendetté et surfiscalisé, c’est qu’on paye plus d’impôts qu’ailleurs, qu’on a plus de dettes qu’ailleurs et déjà plus de dépenses publiques qu’ailleurs ». Un discours cash, radical, presque révolutionnaire pour un candidat qui se veut l’héritier d’un libéralisme assumé, inspiré par l’école autrichienne — ou du moins, par ce qu’il en a retenu entre deux meetings.
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Et puis, patatras. Le PLFSS 2026 passe comme une lettre à la poste, avec sa suspension de la réforme des retraites, ses taxes exceptionnelles sur les mutuelles, sa CSG sur le capital en hausse, et ses 150 millions d’euros pour les maisons France Santé — un nouveau layer de bureaucratie déguisée en « innovation ». Pis : Lisnard, lui qui voulait supprimer les ARS et libérer les médecins de l’étau administratif, se fait discret. Plus de grand discours sur la « révolution » libérale. Plus de projet clair pour casser la machine Sécu. Juste un silence gêné, comme si le mur de la réalité avait soudainement surgi devant son char.
Alors, David, on se dégonfle ? On se rend compte que réformer la Sécu, c’est comme essayer de vider la Méditerranée avec une cuillère en plastique ? Que les lobbies, les syndicats, les habitudes clientélistes et l’inertie administrative forment un bloc de béton armé contre lequel même les meilleures intentions libérales viennent s’écraser comme des mouches sur un pare-brise ?
Le libéralisme à géométrie variable
Lisnard a raison sur un point : la Sécu est un monstre. Un monstre sacré, intouchable, dont chaque réforme se transforme en usine à gaz ou en reculade. Mais si le diagnostic est juste, la thérapie, elle, brille par son absence. Où est le plan choc ? Où est la suppression pure et simple des ARS, remplacées par un système décentralisé, concurrentiel, où les patients choisiraient leur assurance comme ils choisissent leur opérateur télécoms ? Où est la fin du monopole de l’Assurance Maladie, ce Moloch qui avale 200 milliards par an avec l’efficacité d’un éléphant en tutu ?
À la place, on a droit à des rustines. Des suspensions de réforme, des taxes supplémentaires, des « maisons France Santé » qui sentent le rebranding à la va-vite. Pis : Lisnard, lui qui dénonçait l’exil des étudiants en médecine, ne propose rien pour libérer le numerus clausus — ou plutôt, son héritier, le numerus apertus, toujours aussi étouffant. Résultat : les futurs médecins continuent de fuir vers la Belgique ou la Roumanie, et les Français de payer pour un système qui les soigne de plus en plus mal, de plus en plus cher.

La peur du saut dans le vide
Le problème avec Lisnard, c’est qu’il a l’air de croire que le libéralisme, c’est une question de discours. Or, le libéralisme, c’est d’abord une question de courage. Courage de dire : « Assez. On arrête les demi-mesures. On supprime les ARS. On privatise l’Assurance Maladie. On laisse les mutuelles et les assurances privées concurrencer le système public. On donne aux hôpitaux une autonomie de gestion totale. Et on assume les conséquences. »
Bien sûr, ce serait impopulaire. Bien sûr, les médias hurleraient au « démantèlement du service public ». Bien sûr, les syndicats descendraient dans la rue. Mais c’est précisément là que se séparent les vrais libéraux des opportunistes : les premiers savent que la liberté a un prix, les seconds préfèrent les compromis mou du genou qui permettent de garder son fauteuil.
Alors, Lisnard, on attend. On attend que tu passes des mots aux actes. Que tu proposes, par exemple, un chèque santé universel, financé par une TVA sociale, qui permettrait à chacun de choisir son assurance, public ou privé. Que tu exiges la suppression des tarifs opposables, pour que les médecins puissent enfin fixer leurs honoraires librement. Que tu brises le tabou de la Sécu en la transformant en un filet de sécurité minimal — et non en un mammouth qui écrase tout sur son passage.

Conclusion : Lisnard, libéral ou libellule ?
Pour l’instant, David Lisnard ressemble à ces libéraux de salon qui aiment citer Hayek entre deux verres de whisky, mais qui tremblent comme des feuilles dès qu’il s’agit de toucher aux acquis sociaux. La Sécu est un obstacle ? Sans doute. Mais si le premier libéral venu se dégonfle devant, alors à quoi bon ?
Alors, David, on se réveille ? Ou bien on retourne à ses petits discours bien polis, en espérant que personne ne remarquera que le costume de révolutionnaire est un peu trop large pour toi ? Le choix t’appartient. Mais sache une chose : en face, il y a des millions de Français qui en ont marre de payer pour un système qui les trahit. Et eux, au moins, ils n’ont pas peur du vide. Ils y sont déjà.
Veerle Daens, depuis Malines, où même les canaux ont plus de bon sens que certains candidats à la présidentielle.
