Au Chesnay-Rocquencourt, dans les Yvelines, une piste cyclable financée en grande partie par l’argent public a été supprimée quelques mois seulement après sa réalisation. Alors que la Région Île-de-France avait accordé 387 700 euros de subventions, dont 324 500 euros pour l’avenue Charles-de-Gaulle, la nouvelle municipalité a décidé de revenir sur l’aménagement. Une affaire qui pose une question simple : qui paie quand les élus détruisent ce que d’autres ont financé ?
A peine élue maire du Chesnay-Rocquencourt, Anne Père-Brillaut a décidé de transformer une partie de la piste cyclable située sur l’avenue Charles-de-Gaulle en une voie partagée entre les voitures et les vélos, une décision très critiquée.
Un "réaménagement" financé à prix d’or
L’histoire a de quoi surprendre. À peine élue le 27 mars 2026, la nouvelle maire LR du Chesnay-Rocquencourt, Anne Père-Brillault, a fait modifier dès avril la piste cyclable de l’avenue Charles-de-Gaulle. Sur le tronçon situé entre le rond-point du 18-Juin et la rue Pottier, les cyclistes ont été renvoyés sur une chaussée désormais partagée avec les automobilistes.

Suite à cette décision, l’association Vélo Versailles Grand Parc parle de suppression d’une voie destinée aux cyclistes. Les Ecologistes des Yvelines considèrent cet agencement de « contresens » en indiquant qu’il risque de compliquer la circulation à vélo vers Versailles, Bailly et Noisy-le-Roi. Les opposants à cette décision s’inquiètent également de la sécurité des cyclistes obligés désormais de rouler avec les voitures.
La municipalité se défend dans un communiqué du 4 mai 2026. Elle invoque des « remontées d’habitants » sur les difficultés de circulation aux heures de pointe et un usage cyclable jugé trop faible. Elle préfère parler de « réaménagement » et promet un audit global des itinéraires vélo. Cet aménagement avait bénéficié d’un financement régional conséquent. Par la délibération CP2024-223 du 27 septembre 2024, la Région Île-de-France avait accordé 387 700 euros à la commune dans le cadre de son Plan vélo.

La seule piste de l’avenue Charles-de-Gaulle représentait 324 500 euros de subventions, soit l’essentiel de l’aide publique accordée. En d’autres termes, le contribuable a financé la création de l’infrastructure avant d’en financer indirectement la disparition.
Qui rembourse les 387 700 € de cette piste ?
Selon une source, l’opposition de gauche au conseil régional d’Ile-de-France revendique le remboursement de cette subvention vu que la commune n’a pas respecté les conditions d’utilisation du financement, mentionnées dans le Plan vélo régional. Cette information n’a pas été confirmée par la Région. Pour l’heure, aucune procédure officielle n’a été engagée et la Région n’a pas annoncé de demande de reversement.

Mais au-delà du débat sur le vélo, cette affaire révèle une dérive récurrente de la gestion publique française. Une majorité aménage, la suivante défait, puis une troisième réaménagera peut-être demain. À chaque étape, la facture est réglée par les mêmes : les contribuables.

L’audit cyclable promis par la mairie permettra peut-être d’éclairer les choix techniques. Il ne répondra cependant pas à la question essentielle : comment justifier qu’un équipement financé à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros soit remis en cause quelques mois plus tard sans qu’aucun responsable politique ou administratif n’ait à assumer le coût de cette décision ? Dans le secteur privé, une telle destruction de valeur appellerait des comptes. Dans la sphère publique, elle semble n’être qu’une ligne budgétaire parmi d’autres.



