Îles Éparses: malgré la reprise du dialogue, Paris et Antananarivo sur deux longueurs d’onde

Îles Éparses: malgré la reprise du dialogue, Paris et Antananarivo sur deux longueurs d’onde


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Le 30 juin 2025, la France et Madagascar se sont réunies à Paris pour une nouvelle session de la commission mixte sur les îles Éparses. Malgré une volonté affichée de coopération, les revendications malgaches sur la souveraineté restent sans réponse concrète, un dialogue figé qui pourrait désormais se jouer sur le terrain juridique international. Cette réunion organisée à Paris, s’inscrit dans la continuité de la visite d’État d’Emmanuel Macron à Madagascar en avril 2025.

C’est dans un contexte de tension latente que s’est tenue la deuxième session de la commission mixte France-Madagascar sur les îles Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India. Ces îlots stratégiques et riches en biodiversité, actuellement sous souveraineté française mais revendiqués par Madagascar, cristallisent un différend diplomatique ancien.

Un demi-siècle de différend, toujours sans issue


Cinquante ans après le début du différend territorial sur les îles Éparses, le constat demeure inchangé : les deux parties campent sur leurs positions. Après une première réunion en 2019 à Antananarivo, la commission mixte France-Madagascar s’est réunie à nouveau au Quai d’Orsay, sous la présidence conjointe des deux ministres Jean-Noël Barrot et Rafaravavitafika Rasata.

Pour Madagascar, il ne saurait être question de cogestion ou de coopération tant que Paris ne reconnaît pas sa souveraineté sur ces quatre micro-territoires stratégiques et inhabités du canal du Mozambique.Malgré l’espoir suscité par la relance du dialogue entre la France et Madagascar, cette deuxième session de la commission mixte n’a débouché sur aucune avancée tangible.

En effet, la réponse française reste prudente, réaffirmant simplement son attachement au dialogue et à la coopération, sans aucun engagement sur le fond.

Des revendications malgaches mais un communiqué sans relief

Venue à Paris avec une feuille de route, la délégation malgache a exigé la suspension immédiate de toute action unilatérale française dans la zone concernée. Elle a également demandé l’indemnisation pour les pertes économiques subies du fait de l’occupation française, sans pour autant avancer de montant. S’ajoutent à cela les revendications d’accès libre aux zones de pêche environnantes pour les pêcheurs malgaches et une implication active des scientifiques malgaches dans toute recherche menée sur les îles.

Seul point de convergence : la reconnaissance de la richesse écologique de ces territoires. Dans un communiqué conjoint, la France a proposé d’intensifier la coopération dans les domaines de la recherche scientifique, de la protection de la biodiversité et de l’économie bleue. Madagascar, de son côté, a insisté pour un accès libre à ces zones pour ses pêcheurs et scientifiques, ainsi que pour une implication concrète dans les projets de recherche.

Pour l’analyste politique Serge Zafimahova, « le droit est entièrement en faveur de Madagascar« , plusieurs options juridiques sont ouvertes : saisir la Cour internationale de justice, ou porter le dossier devant le Comité spécial de la décolonisation des Nations unies, à l’image de l’action réussie de l’île Maurice pour les Chagos. Pour Zafimahova, si la voie diplomatique continue de piétiner, « aller au contentieux » semble désormais inévitable.


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