Droite année zéro

Droite année zéro


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Les droites participent de la crise générale de la représentation. Elles y ont ajouté leur caractéristique propre depuis la Révolution française: une propension à se diviser qui reste sans équivalent. Le désastre est d'autant plus marqué que chacune des composantes s'acharne à défendre, de manière caricaturale, le morceau du programme historique de la droite française dont elle se pense dépositaire

Les droites ont participé, ce dimanche 12 juin 2022, de la crise profonde de la représentation qui caractérise notre régime politique. Rapporté à la participation; voilà ce que représentent, en nombre d’ inscrits, les forces politiques héritières des droites  citées dans le tableau ci-dessus:

  • Rassemblement National; 8,5%
  • Républicains/UDI: 5%
  • Reconquête: 2%
  • Divers droites: 1%
  • Souverainistes: 0,5%

Mais sur ce point, les droites ne se distinguent pas vraiment des autres forces politiques. Eric Verhaeghe soulignait hier soir la faiblesse structurelle d’un président de la République dont le parti ne représente que 12,5% des électeurs inscrits.

Des droites plus éclatées que jamais

Ce qu’il y a de propre aux droites – et cela dure depuis la Révolution française, c’est une capacité à se diviser sans égale. Marine Le Pen ne pourra pas éternellement accuser le système uninominal majoritaire à deux tours pour expliquer le faible score, au final, de son parti. Ses lieutenants peuvent bien, de manière pitoyable, faire la danse du scalp autour d’Eric Zemmour, la réalité est que la candidate du second tour aura bien moins de cinquante députés, peut-être moins de trente. Elle aurait pu être le chef de file d’un rassemblement de la droite nationiste à cent députés; elle sera, pour être incapable de travailler avec les autres, la présidente d’un groupe étriqué, ayant abandonné le rôle de premier parti d’opposition à une coalition grotesque de tout ce que la gauche actuelle peut produire de plus loufoque.

+ Les Républicains ne s’en sortent pas, contrairement à ce qu’ils avaient espéré. Certes, après la sortie de route de Valérie Pécresse, ils ont réussi à remettre le véhicule….en marche, mais 11% des votants, 5% des inscrits, c’est dans tous les cas une confirmation du déclin inéluctable d’un parti qui, à force d’avoir peur de défendre la nation, la famille et la cohésion sociale, se réduit comme une peau de chagrin.

LR s’accroche à une certaine idée de la décentralisation et de l’Europe tout en s’étant fait confisquer le mantra de la réforme par Emmanuel Macron. Marine Le Pen pense être la seule à répondre aux intérêts du peuple, à l’exigence de cohésion sociale longtemps portée par les droites. Reconquête s’est enfermé dans la défense de l’identité française au risque de négliger d’autres viviers d’électeurs qui tendaient la main, à commencer par les opposants à la dictature sanitaire et au mondialisme en actes.

Les droites sont un champ de ruine. On peut vraiment dire « droite année zéro ». Le travail commence. L’ère du post-gaullisme et de ses reniements multiples est terminée. La reconstruction est devant nous.


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