Il y a quelque chose de fascinant dans la capacité d'auto-destruction de la macronie finissante. Une sorte de génie du pire qui, lorsqu'on croit avoir touché le fond de l'absurdité institutionnelle, sort une pelle pour creuser encore un peu plus profond.

Nous y voilà donc. Après quatre mois de psychodrame, de postures martiales et de « compromis » de couloir qui n'ont dupé personne, le couperet s'apprête probablement à tomber. La dissolution de l'Assemblée nationale, murmurée, crainte, puis instrumentalisée, devient la seule porte de sortie d'un système à bout de souffle.
Mais posons la question qui fâche, celle que la petite musique médiatique tente d'étouffer sous les éléments de langage de Matignon : tout ça pour ça?

Tout ce cirque, tout ce temps perdu, toute cette énergie vitale de la Nation siphonnée par des jeux de cour, pour revenir exactement à la case départ, mais avec un pays un peu plus ruiné, un peu plus divisé, et un peu plus désespéré qu'en septembre dernier. Le coupable a un nom, ou plutôt une fonction : l'amateurisme éclairé de Sébastien Lecornu et de sa garde rapprochée, dont celle de son directeur de cabinet, enflé par un narcissisme puéril, pathétique : Philippe Gustin.
Le « Mozart » de l'Eure et la symphonie inachevée
Souvenez-vous, c'était il y a une éternité, c'était en septembre 2025. Sébastien Lecornu arrivait à Matignon, auréolé de sa réputation de « techno » efficace, de survivant de tous les gouvernements, le seul capable de parler à l'oreille des militaires comme à celle des élus locaux. On nous vendait le pragmatisme, l'homme de terrain, le « bon sens » près de chez vous. On a eu le petit télégraphiste falot et incertain de l'Élysée, perdu dans un costume trop grand pour lui, s'agitant pour donner l'illusion du mouvement dans une pièce où l'oxygène s'est raréfié.

Le bilan de ces quelques mois est accablant. Non pas par l'absence de réformes — personne n'attendait de miracles d'un gouvernement en sursis — mais par le sabotage méthodique de la vie économique française au nom d'un budget impossible (avec, à décharge, la complicité d'un MEDEF doté d'une vision proche de celle d'une huître d'Oléron).
Le saccage économique au nom de la survie politique
Pendant quatre mois, la France qui travaille, celle qui se lève tôt et qui produit malgré la bureaucratie, la régulation, les leçons hautaines de Lecornu et de Philippe Gustin qui nous explique que nous ne comprenons rien à son génie et à celui des énarques, a été prise en otage. Au lieu de trancher, de faire des choix clairs, l'équipe du pédalo a navigué à vue, changeant de braquet tous les quinze jours, promettant ici des coupes sombres, là des hausses d'impôts déguisées. On a agité la « taxe Zucman » pour faire plaisir à la gauche, on a menacé fictivement les entreprises pour rassurer la droite, on a inventé des usines à gaz fiscales pour tenter de boucler une équation budgétaire que tout le monde savait insoluble.

Le résultat? Un gel complet, avec le silence, pendant de nombreuses semaines, d'un MEDEF présidé par un incompétent notoire, incapable de porter une vision d'avenir qu'il n'avait pas les moyens d'imaginer pour un pays trop grand pour lui. Quelle entreprise investit quand le Premier ministre lui-même ne sait pas à quelle sauce elle sera mangée le mois suivant? Quel entrepreneur embauche quand la seule certitude est l'instabilité fiscale, approuvée par un patron des patrons dépassé par son propre poste ? Ce temps perdu ne se rattrape pas. Les mois de vie économique sacrifiés sur l'autel des négociations budgétaires stériles sont des points de PIB qui ne reviendront pas. C'est du chômage en barre, de la faillite en tube, que l'on a injecté dans le corps social, juste pour permettre à quelques conseillers en communication de croire qu'ils pouvaient « passer l'hiver ».

L'entre-soi des dîners en ville
Mais pendant que le pays réel s'inquiétait de ses fins de mois et de la pérennité de ses carnets de commandes, que faisait-on à Matignon? On dînait.

L'anecdote rapportée par la presse est révélatrice de cette déconnexion sidérante. On reçoit Xavier Niel et Delphine Arnault dans le pavillon de musique, entre soi, loin du bruit et de la fureur. C'est là, dans cette bulle ouatée, que se décide le sort de la France. On imagine les discussions : comment taxer les « riches » sans trop énerver les amis? Comment faire payer la classe moyenne sans qu'elle ne sorte les fourches?
C'est le symptôme le plus éclatant de la maladie sénile du macronisme : cette croyance que tout se règle par l'entregent, par le réseau, par la connivence. Lecornu, l'ami des grands patrons, a cru que ses relations suffiraient à calmer la tempête. Il a oublié un détail : la politique, ce n'est pas gérer un carnet d'adresses, c'est gérer un pays. Et quand le pays gronde, les dîners parisiens ne protègent de rien.

L'amateurisme ici n'est pas technique — ces gens connaissent leurs dossiers, ou du moins savent les lire. L'amateurisme est politique et humain. Il réside dans cette incapacité totale à sentir le pays, à comprendre que les Français ne veulent plus de ces jeux de bonneteau. Ils voulaient un budget, ils ont eu un spectacle de marionnettes. Et maintenant que le théâtre prend feu, les marionnettistes coupent les fils.

La dissolution : le dernier caprice de la Caste
Et nous voici donc face à la « solution » finale : la dissolution. Mais attention, pas n'importe laquelle. Pas une dissolution de clarté, de courage. Non, une dissolution de gribouille, une manœuvre de petit clerc de notaire qui pense avoir trouvé une faille dans le Code civil.
L'idée de génie de l'entourage de Lecornu et de l'Élysée? Coupler les législatives avec les municipales de mars 2026. Sur le papier, dans les notes aseptisées des conseillers techniques, ça se tient : on profite de la « prime au maire », on nationalise le scrutin local pour sauver les meubles nationaux, on noie le poisson législatif dans l'eau du bain municipal.

Dans la réalité, c'est une déclaration de guerre aux territoires. C'est le mépris absolu des 35 000 maires de France, incarnée par la clique énarchique qui entoure Lecornu, maires transformés en supplétifs d'une stratégie de survie présidentielle. C'est surtout une prise de risque insensée sur la sincérité du scrutin. Organiser un vote législatif le même jour qu'un scrutin municipal déjà complexifié par la nouvelle réforme des communes rurales et le chaos annoncé du vote PLM à Paris, Lyon et Marseille, c'est de la folie pure.
Mais qu'importe la logistique, qu'importe la Constitution, qu'importe le risque de censure du Conseil constitutionnel: la Caste doit survivre. Elle est prête à brûler les vaisseaux, à saccager l'organisation démocratique locale, pour tenter de sauver une poignée de sièges à l'Assemblée.
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Allez, on en profite avant qu'il ne soit trop tard...
L'aveu d'échec
Cette dissolution, si elle advient, sera l'aveu définitif de l'échec du « en même temps ». On a voulu gouverner sans choisir, on finit par ne plus pouvoir gouverner du tout.
Sébastien Lecornu restera dans l'histoire comme le Premier ministre du vide. Celui qui a occupé Matignon pour expédier les affaires courantes en attendant l'inévitable. Il a sacrifié des mois précieux, il a laissé l'administration fiscale et les entreprises dans le flou, tout ça pour finir par admettre que le Roi est nu et que l'Assemblée est ingouvernable.

« Tout ça pour ça ». La formule est cruelle, mais elle est juste. Elle résume le gâchis immense d'un quinquennat qui n'en finit pas d'agoniser. En mars 2026, les Français ne voteront pas seulement pour leurs maires ou leurs députés. Ils voteront pour siffler la fin de la récréation. Et il n'est pas certain que les petits calculs d'apothicaires de Monsieur Lecornu pèsent bien lourd face à la colère froide d'un peuple qui a le sentiment, légitime, qu'on se moque de lui depuis trop longtemps.
Préparez-vous. Le grand lessivage arrive. Et cette fois, aucun dîner en ville ne pourra l'arrêter.








