La Chambre régionale des comptes (CRC) épingle sans ménagement la gestion de la candidature de Clermont-Ferrand au titre de Capitale européenne de la culture 2028. Près de 7 millions d’euros gaspillés dont plus de 75 % d’argent public, et des dépenses personnelles du directeur jugées « excessives ». Le nouveau maire, Julien Bony, a décidé de saisir le procureur de la République.
Sept millions d'euros mobilisés, financés à plus de 90 % par les collectivités, pour une candidature finalement rejetée. La Chambre régionale des comptes dénonce la gestion de l'association qui a porté la candidature de Clermont-Ferrand au titre de Capitale européenne de la culture 2028. La CRC décrit une gouvernance défaillante, et des dépenses jugées “excessives” et un contrôle institutionnel inexistant.
Une candidature financée aux trois quarts par le contribuable
L'association Clermont Massif Central, portée par l'ex-maire PS Olivier Bianchi, a collecté 5,7 millions d'euros entre 2021 et 2024, dont 75 à 95 % de subventions publiques : 2,8 millions de la ville, 1,3 million de la métropole.

Le rapport de la Chambre régionale des comptes, arrêté le 26 février 2024, dresse pourtant un constat sévère : déficits récurrents, prévisions financières irréalistes et dépenses insuffisamment maîtrisées.
Le financement privé n’a pas dépassé 6 %. Malgré des pertes de 138 000 euros dès 2021 puis de 40 000 euros en 2023, les collectivités ont continuellement renfloué l'association.

Jusqu'au printemps 2023, le commissaire aux comptes a même déclenché une procédure d'alerte sur la continuité de l'activité, sans que la CRC y voie autre chose que des « prévisions de recettes trop optimistes » couvrant des « dépenses non maîtrisées ».
Des notes de frais hors de contrôle et une gouvernance absente
Le rapport cible particulièrement les dépenses du directeur de l'association, Patrice Chazottes. Entre 2021 et 2024, ses frais professionnels atteignent près de 160 000 euros, soit environ 3 500 euros par mois en moyenne. Près de 69 500 euros de restauration en deux ans (moyenne 2 373 euros mensuels), 7 760 euros de presse, 4 480 euros d’ouvrages, 5 500 euros de taxis parisiens aux justifications souvent absentes.

Les magistrats financiers dénoncent des frais « particulièrement excessifs » et incompatibles avec une gestion respectueuse de fonds majoritairement publics. Pire, certaines dépenses se poursuivent jusqu’en avril 2024, quatre mois après la défaite face à Bourges.
Ces dérives se sont développées dans un contexte de gouvernance quasiment absente. Le conseil d'administration ne s'est réuni que six fois en quatre ans. La présidente de l'association, Cécile Coulon, n'a participé qu'à la séance de son élection avant de se faire systématiquement représenter.
Une « association transparente »: quand l'argent public circule sans véritable contre-pouvoir
Pendant ce temps, les véritables décisions semblaient se prendre lors de réunions régulières entre le directeur, le maire de l'époque Olivier Bianchi, ex-maire PS et premier président de l’association, et les exécutifs locaux. La Chambre régionale des comptes évoque ainsi la possible qualification juridique d'« association transparente », autrement dit une structure fonctionnant comme le prolongement de la collectivité publique.

La gouvernance réelle, note la Chambre, se situait à la mairie. Olivier Bianchi, assume le caractère public du projet tout en affirmant découvrir tardivement le détail des dépenses. Cependant, Olivier Bianchi conteste toute responsabilité collective.
C'est tout le problème de ces structures paramunicipales : la puissance publique y met l'argent, en délègue la gestion à des proches, et se dispense du contrôle qu'elle exercerait sur ses propres services.
L'ancien maire Bianchi renvoie la faute à un « comportement individuel » ; la chambre, elle, documente une défaillance collective et organisée. Le nouveau maire de Clermont-Ferrand, Julien Bony, a annoncé la transmission du rapport au procureur au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale.
Reste à savoir si le procureur y verra, au-delà de la gabegie, matière à qualification pénale et si les collectivités oseront réclamer le remboursement qu'Olivier Bianchi dit lui-même juger « logique ».




