Par Élise Rochefort
Le Grand Orient a-t-il « fait passer » la loi sur l'euthanasie ? La trace est réelle et publique. Mais que faut-il en conclure au juste ?
La question circule depuis des mois, portée par des titres qui l'affirment plus qu'ils ne l'établissent. « La franc-maçonnerie à l'œuvre pour faire adopter l'euthanasie », écrivait le JDD au printemps 2025. Des sites plus militants parlent de « plan » et d'« agenda ». Depuis l'adoption du texte sur l'aide à mourir par l'Assemblée nationale, le 30 juin 2026, la formule est reprise partout : le Grand Orient de France aurait « fait passer » la loi. L'accusation est précise dans le ton, floue dans les preuves. Elle mérite qu'on regarde ce qui est documenté.
Car il y a une trace, et elle n'est pas cachée. Le 25 juin 2026, à trois jours du vote, le Grand Orient de France publie un communiqué appelant les parlementaires à adopter un texte « ambitieux » et présentant la fin de vie comme « un enjeu de liberté, de dignité et de laïcité ». Ce n'est pas le premier : le 3 février 2025 déjà, l'obédience appelait le Premier ministre à « ne pas renoncer » aux engagements pris sur le sujet. Les deux textes sont publics, signés, datés, consultables sur le site de l'obédience. Le Grand Orient ne s'en cache pas ; il le revendique.
Reste à savoir ce que « avoir joué un rôle » veut dire exactement. Entre l'obédience qui prend position au grand jour, l'association militante qui fait campagne depuis un demi-siècle, et le rapporteur du texte dont on souligne les engagements passés, la frontière entre l'influence assumée et le complot supposé n'est pas là où on la place d'ordinaire.





