Briefing : de la Chine jusqu’à Fact and Furious en France, le pouvoir vacille
Demonstrators hold banners during a protest over the freezing of deposits by rural-based banks, outside a People’s Bank of China building in Zhengzhou, Henan province, China July 10, 2022, in this screengrab taken from a video obtained by Reuters. THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY.

Briefing : de la Chine jusqu’à Fact and Furious en France, le pouvoir vacille


Partager cet article

Les mises en scène autoritaires auxquelles la pandémie de COVID a donné lieu sont- elles allées trop loin ? Les événements de ces dernières heures illustrent la fragilité du pouvoir lorsqu'il s'exerce avec excès et déraison, et lorsqu'il instrumentalise les crises pour opprimer les peuples. En Chine, comme en France, la carapace se lézarde et pourrait donner lieu à des retournements imprévus de situation.

En Chine, les grandes villes sont désormais parcourues par des manifestants qui ressemblent beaucoup à nos résistants, mais aux dimensions et conditions particulières de cette immense fourmilière humaine. Des manifestations ont lieu un peu partout à Pékin, à Shangai, à Wuhan et dans d’autres villes moins connues comme le prouvent les images qui circulent sur Telegram (profitez-en pour vous abonner à notre fil gratuit qui regorge d’informations toute la journée).

Visiblement, des manifestants, dans certains endroits, ont même lancé des slogans visant nommément Xi Jinping, ce qui est rare en Chine et témoigne d’une intensité particulière dans la crise qui couve. Partout, c’est la politique du Zéro-Covid et ses privations de liberté qui est contestée. Lors du dernier Congrès du parti communiste, qui a permis la réélection de Xi, l’intéressé a annoncé qu’il continuerait cette politique envers et contre tout. Visiblement, cette stratégie ne lui réussit pas ?

Faut-il en conclure que le pouvoir chinois est désormais menacé. Ce serait aller vite en besogne : pour l’instant l’impact des manifestations est difficile à cerner, le pouvoir reste solide, et il faudra suivre l’évolution des prochains jours pour mesurer l’ampleur exacte de la contestation. Mais démonstration est faite que le tout autoritaire et le tout sécuritaire a ses limites, même en Chine.

Au passage, on se souvient ici que de nombreux commentateurs français (pas toujours indépendants du pouvoir, il est vrai) avaient exprimé beaucoup d’admiration pour la Chine et sa capacité, lors de la pandémie, à imposer des mesures liberticides drastiques. Ils assistent désormais au revers de la médaille : l’opposition aux confinements semble avoir atteint une maturité en Chine qui constitue un exemple pour les Français.

Aberkane et France Soir dynamitent Fact & Furious

En France, le pouvoir a témoigné de la même faiblesse à l’occasion de l’affaire Fact & Furious révélée par Idriss Aberkane et France Soir.

Tout est parti des confidences faites à France Soir par Malika Daoust, l’épouse d’Antoine Daoust, fondateur du site de fact-checking Fact and Furious, « validé » par l’AFP. L’intéressée, qui dit avoir été victime de violences conjugales étouffées par les fact-checkers, a expliqué dans quelles conditions étranges son mari, ancien opérateur audiovisuel de l’armée (selon les dires de la fiche Linkedin de Daoust) était devenu fact-checker, en un temps record, adoubé par le cartel des médias subventionnés.

C’est donc par une banale vengeance conjugale que la vérité éclate sur les coulisses du fact-checking : favoritisme, pilotage probable en sous-main par les autorités, et dénigrement systématique des opposants au pouvoir.

Nous y reviendrons dans la journée mais, pour l’instant, France Soir n’a pas évoqué les financements étranges du site de Daoust. Il n’est en tout cas pas impossible que cette affaire débouche sur une crise interne dans le milieu journalistique, qui fait tant ses gorges chaudes sur la déontologie du journalisme.

Ce week-end, le site de Fact and Furious avait brutalement disparu, sans crier gare. Daoust est parti comme il est arrivé : à la cloche. S’il fallait une preuve de l’insoutenable légèreté  des médias, nous l’avons. Remercions-en France Soir et Idriss Aberkane, récemment victime d’un procès en crédibilité dressé par l’Express.

La macronie se vengera-t-elle d’Anne Hidalgo ?

Le trouble s’empare-t-il du pouvoir ? En tout cas, la garde d’Emmanuel Macron s’est prise les papiers dans le tapis ce week-end sur la question de la mise sous tutelle de la ville de Paris. Le ministre des Transports, Clément Beaune, a créé la surprise en expliquant que le gouvernement n’excluait pas de mettre Paris sous tutelle compte tenu du désordre financier qui y règne. Dans la foulée, Gabriel Attal, ministre des Comptes Publics, a démenti l’information.

Cette contradiction dans la jeune génération que Macron a porté au sommet de l’État est révélatrice des crises propres au macronisme. Nous disons « des », car cette joute interne par médias interposés montre d’abord que l’on peut être nouveau et n’avoir pas l’esprit collectif. Elle montre ensuite que des décisions politiquement aussi sensibles sont mal cadrées en macronie : un ministre des Transports annonce de possibles mesures relevant de la compétence d’un collègue qui les dément… Tout cela fait désordre et signale que, cinq ans après son arrivée au pouvoir, Macron n’a pas complètement vaincu les dérives de l’amateurisme politique qui lui était cher.

En tout état de cause, la période qui s’annonce sera tendue, et le gouvernement pourrait être mis en sévère difficulté.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Comment la guerre en Iran va renforcer le dollar et compliquer la politique protectionniste de Trump, par Vincent Clairmont

Comment la guerre en Iran va renforcer le dollar et compliquer la politique protectionniste de Trump, par Vincent Clairmont

Alors que Donald Trump a lancé l’opération « Epic Fury » le 28 février 2026 dans l’espoir de restaurer une forme de suprématie géopolitique par la force, il se retrouve aujourd’hui piégé dans un paradoxe monétaire qu'il n'avait pas anticipé. En déclenchant les hostilités contre Téhéran, le 47e président des États-Unis a involontairement déclenché une machine à broyer sa propre ambition économique : un dollar trop fort qui asphyxie ses espoirs de réindustrialisation et de taux d’intérêt au planch


Rédaction

Rédaction

Faut-il interpréter les mesures d'urgence de Black Rock comme le signe avant-coureur d'un krach? par Vincent Clairmont

Faut-il interpréter les mesures d'urgence de Black Rock comme le signe avant-coureur d'un krach? par Vincent Clairmont

Le tableau d'ensemble : en mars 2026, BlackRock a activé ses mécanismes de restriction ("gates") sur le fonds HPS Corporate Lending Fund (HLEND), un mastodonte de 26 milliards de dollars spécialisé dans le crédit privé. Face à une vague de demandes de retrait atteignant 9,3 % de sa valeur liquidative (NAV), le gestionnaire a plafonné les sorties à 5 %, laissant environ 600 millions de dollars de demandes en suspens. Pourquoi c'est important : ce n'est pas un incident isolé, mais le premier v


Rédaction

Rédaction

Couronne norvégienne : pourquoi c'est le moment d'acheter, par Vincent Clairmont

Couronne norvégienne : pourquoi c'est le moment d'acheter, par Vincent Clairmont

Le grand portrait : En ce mois de mars 2026, alors que les marchés mondiaux sont secoués par l'escalade militaire en Iran, une devise se détache du lot non pas seulement comme un refuge, mais comme une anomalie de rendement et de solidité : la couronne norvégienne (NOK). Une offre exceptionnelle ce WEEK-END Pour vous aider à faire face au krach qui arrive, le Courrier vous propose un Guide opérationnel GRATUIT pour tout nouvel abonnement à 79€/an. Ce Guide vous dévoilera les


Rédaction

Rédaction

Le point sur les opérations militaires de la guerre d'Iran, par Thibault de Varenne

Le point sur les opérations militaires de la guerre d'Iran, par Thibault de Varenne

Le déclenchement du conflit ouvert entre la République islamique d'Iran, les États-Unis et Israël le 28 février 2026 a provoqué une onde de choc géopolitique dont la magnitude dépasse largement les précédentes crises du Moyen-Orient. Cette chronique propose une analyse exhaustive de la première semaine d’hostilités, en se concentrant sur le déroulement tactique des opérations militaires, l'effondrement institutionnel du régime à Téhéran et les répercussions stratégiques globales. L’opération, d


Rédaction

Rédaction