L'audiovisuel public est elle la vache sacrée de la République ou un instrument politique soigneusement entretenu ? Le rapport du député UDR Charles Alloncle avec ses 69 recommandations et six mois de travaux en commission d'enquête, n'a pas survécu. Sébastien Lecornu l'a qualifié d'« occasion manquée ». Alloncle voulait l'électrochoc, il a obtenu une fin de non-recevoir.

Le rapport sur l’audiovisuel public du député UDR Charles Alloncle a été publié mardi. Mais le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a tout de suite clôturé le débat en déclarant que ce document « passe malheureusement à côté de l’essentiel » et que c’est une occasion manquée. Le rapport Alloncle, publié en mai 2025, porte sur le fonctionnement, le financement et l'avenir de France Télévisions, Radio France et de l'ensemble de l'audiovisuel public , un secteur qui pèse environ 4 milliards d'euros de dotations annuelles depuis la suppression de la redevance en 2022.
Quand l'Élysée joue les pompiers de l'audiovisuel public
Le rapport de Charles Alloncle résulte de six mois de travaux acharnés au sein d’une commission d’enquête parlementaire. Le document préconise 69 recommandations censées améliorer le fonctionnement et l’avenir de l’audiovisuel public. Le député UDR veut mettre en place une cure d’austérité.

Le rapport de Charles Alloncle n’a pas convaincu le chef du gouvernement. Sébastien Lecornu a bien reconnu l’importance des travaux réalisés par la commission d’enquête et il a admis qu’une réforme est effectivement nécessaire. Toutefois, il a exprimé son opposition aux mesures proposées.
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Lecornu ne ferme pas la porte à la réforme, il serait politiquement suicidaire de le faire. Il déplace simplement le terrain : « les polémiques ne font pas une politique publique », assène-t-il, reconnaissant du bout des lèvres le « rôle de contrôle » du Parlement. Traduction: vos 69 recommandations font du bruit, le vrai travail se fait ailleurs, dans les couloirs de l'exécutif, loin des caméras et des élus.
La mainmise, un atout stratégique depuis 2002
Le gouvernement cherche un équilibre délicat. D’un côté, il ne peut ignorer les critiques sur les coûts et la gouvernance de l’audiovisuel public. De l’autre, il redoute qu’une offensive brutale contre France Télévisions ne transforme les rédactions publiques en symbole politique de résistance au pouvoir.

Cette prudence révèle aussi une contradiction : l’exécutif veut reprendre le contrôle budgétaire sans apparaître comme un pouvoir cherchant à discipliner l’information.
Depuis la présidentielle de 2002, la maîtrise du récit médiatique via l'audiovisuel public est devenue un pilier de la gouvernance française. Nommer les présidents de France Télévisions ou de Radio France, orienter les grilles, peser sur les rédactions en chef autant de leviers que les gouvernements successifs ont jalousement conservés, quelle que soit leur couleur. Lecornu ne défend pas un modèle : il protège un instrument.

En disqualifiant le rapport parlementaire pour mieux reprendre la main, c'est le Premier ministre lui-même qui rate l'occasion d'un vrai débat démocratique sur l'argent public, la neutralité de l'information et le pluralisme. Tandis que les « occasions manquées » se multiplieront, le contribuable, lui, continuera de payer.
