Delphine Ernotte contre-attaque violemment le rapport parlementaire de Charles Alloncle sur l’audiovisuel public. Après des mois de travaux, un diagnostic sur la crise du service public se heurte à une défense corporatiste qui refuse toute remise en question.

Publié mardi 5 mai 2026, le rapport de près de 400 pages de la commission d’enquête parlementaire, rédigé par le député Charles Alloncle, dresse un constat sévère : un audiovisuel public en crise financière et administrative, déconnecté des attentes des Français et miné par des dysfonctionnements structurels persistants.
Un diagnostic sévère sur un modèle à bout de souffle
Parmi les 69 recommandations du rapport, figurent des mesures choc : fusion de France 2 et France 5, rapprochement de France Info et France 24, suppression de certaines chaînes, et surtout des coupes budgétaires drastiques jusqu’à 75 % sur les jeux télévisés et un tiers sur le sport. L’objectif affiché : participer à plus d’un milliard d’euros d’économies dans le secteur et recentrer le service public sur ses missions essentielles.
Une vision de la télévision publique élitiste, éloignée des familles et des publics les plus populaires.
— Delphine Ernotte Cunci (@DelphineErnotte) May 5, 2026
Ma réaction au rapport sur l’audiovisuel public ⤵️ pic.twitter.com/1SLhi1Wplj
La présidente de France Télévisions n’a pas tardé à réagir. Sur les réseaux, Delphine Ernotte Cunci dénonce un rapport « à charge », truffé d’« insinuations », d’« approximations » et de « contre-vérités ».
Elle accuse le rapport de porter une vision "élitiste", éloignée des publics populaires. La présidente insiste sur d’autres priorités : lutte contre la désinformation, soutien à la création et adaptation face aux géants du streaming.

Une position cocasse venant d'une dirigeante dont les décisions éditoriales ont, depuis dix ans, systématiquement favorisé une ligne progressiste urbaine, bien peu populaire dans les territoires. Pour elle, ces 69 recommandations ne renforcent pas le service public mais le condamnent à un « affaiblissement historique ».
Le bilan qu'elle ne veut pas voir
Trois mandats. C'est le règne d'Ernotte à la tête de France Télévisions, depuis 2015. Une décennie au cours de laquelle l'audience cumulée du groupe n'a cessé de s'éroder face aux plateformes étrangères qu'elle cite aujourd'hui comme menace, sans jamais les avoir réellement anticipées.

Le budget de France Télévisions dépasse le milliard et demi d'euros annuels de dotation publique et le rapport Alloncle pointe des dysfonctionnements que ni l'État ni la Cour des comptes n'ont su ou voulu corriger à temps.

Ce bras de fer révèle les rapports de force au cœur de l’audiovisuel d’État : d’un côté, un rapporteur qui ose pointer l’inadaptation d’un modèle coûteux et bureaucratique ; de l’autre, une dirigeante arc-boutée sur ses prérogatives et ses budgets.

Derrière les mots, c’est bien la question du contribuable qui est posée : jusqu’à quand financer un système qui peine à justifier son monopole et ses dérives ? Delphine Ernotte a raison sur un point : le rapport Alloncle est imparfait, comme tout document parlementaire. Mais sa véhémence ressemble surtout à la défense réflexe d'une institution qui a transformé l'argent du contribuable en forteresse idéologique. Plutôt que de démonter ligne à ligne les recommandations d'un député, la présidente de France Télévisions devrait peut-être relire son propre bilan.
