ZFE : Le grand retour de manivelle des Sages, par Élise Rochefort

ZFE : Le grand retour de manivelle des Sages, par Élise Rochefort


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Ne dites plus « C’est la fin des Zones à Faibles Émissions ». Par une décision n°2026-903 DC rendue hier, le 21 mai 2026, le Conseil constitutionnel a purement et simplement torpillé l’article 37 de la loi de simplification de la vie économique. Le texte prévoyait l’abrogation nationale des ZFE ; il finit à la corbeille.

Ce qu’il faut retenir de ce coup de théâtre juridique et ses conséquences directes pour les décideurs.

Le Flash Décision : pourquoi le Parlement s'est pris les pieds dans le tapis

Ce n'est pas un débat de fond sur l'écologie qui a sauvé les ZFE, mais une pure règle de procédure : le cavalier législatif (Article 45 de la Constitution).

  • Le hors-piste parlementaire : Le projet de loi initial visait à simplifier la vie des entreprises (commande publique, data centers, simplifications administratives). Y greffer l’abrogation de restrictions de circulation routière urbaine au nom de la santé publique ? Un contresens juridique total, sans aucun lien direct ou indirect avec le texte d’origine.
  • Zéro discontinuité : La saisine ayant eu lieu a priori (avant promulgation), l'article 37 n’a jamais existé juridiquement. Le cadre antérieur — la loi Climat et Résilience de 2021 — s'applique donc sans interruption.
Le chiffre : 25/84. C’est le bilan du « mitraillage » constitutionnel subit par ce projet de loi fourre-tout. Outre les ZFE, les Sages ont censuré les assouplissements sur le Zéro Artificialisation Nette (ZAN) et les reports de compensation biodiversité.

Le jeu politique : qui a tiré ?

L'offensive est venue de deux fronts coordonnés en avril 2026, prenant en tenaille le vote des oppositions (RN, LR, LFI) qui avaient imposé l'abrogation :

  1. La gauche (106 députés PS/Écolo) : offensive sur le fond (Charte de l’environnement, droit à la santé) et sur la forme (cavalier).
  2. Le Bloc Central (70 députés MoDem/EPR/Horizons) : menée notamment par Élisabeth Borne et Marc Fesneau. Une saisine rare de la majorité contre un texte pourtant validé en commission mixte paritaire, visant explicitement à bloquer le démantèlement par amendement des piliers de la politique environnementale.

Impacts opérationnels : ce qui change maintenant

ActeurImpact immédiatRisques évités
Métropoles & CollectivitésReprise obligatoire des calendriers. Paris, Lyon, Marseille ou Strasbourg doivent maintenir leurs restrictions progressives (notamment sur le Crit'Air diesel ancien).Fin du flou juridique et de l'attentisme managérial pour les directions des mobilités.
L'État / Le ContrebuableSoulagement financier. L'abrogation aurait relancé immédiatement les contentieux européens et nationaux.Évite le retour des astreintes du Conseil d'État (10M€ par semestre) et les pénalités de la Cour de justice de l'UE pour dépassement des seuils de pollution.

La suite de l'histoire : et maintenant ?

Le problème de l'acceptabilité sociale reste entier. La colère des automobilistes face à ce que certains nomment une « ségrégation sociale » ne s'éteindra pas avec un considérant du Conseil constitutionnel.

Ce que cela impose pour la suite :

Si l'exécutif ou le Parlement veut à nouveau modifier le régime des ZFE, il faudra obligatoirement passer par un projet ou une proposition de loi dédiée, adossée à une étude d'impact environnemental et social rigoureuse. L'ère des coups de canif clandestins au détour d'un texte de simplification administrative est révolue. Retour à la méthode régulière.


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