Un ancien enseignant , William Lafleur, alias « Monsieur le Prof », se retrouve devant la justice pour avoir décrit une inspection humiliante. Le tribunal de Toulouse lui a majoritairement donné raison mais pas totalement. Une affaire qui révèle bien plus qu'un simple litige entre un prof et son inspecteur.

Un inspecteur de l’éducation a lancé une poursuite pour diffamation contre l’ancien professeur d’anglais, William Lafleur connu sous le pseudo "Monsieur Le Prof" par ses followers sur les réseaux sociaux. Le tribunal correctionnel de Toulouse a délibéré mardi et a prononcé la relaxe partielle.
Une dénonciation qui dérange
William Lafleur, douze ans de remplacement en collège et lycée, a quitté l'Éducation nationale en 2023 en claquant la porte et en publiant chez Flammarion L'ex plus beau métier du monde.

Dans cet ouvrage nourri de plus de 2 400 témoignages d’enseignants, CPE, AESH et personnels scolaires, il décrivait une institution marquée par la précarisation, la perte d’autorité pédagogique et des méthodes de management vécues comme violentes.
Dans cet ouvrage, il décrit une inspection vécue comme une séance de « maltraitance », d'« infantilisation » et d'« humiliation ». Aucun nom n'est cité. Mais un inspecteur de l'Éducation nationale s'est reconnu, et a porté plainte pour diffamation. Le message était clair mais témoigner a un prix, pour l'ancien enseignant.
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Le plaignant a demandé 5.000 euros de dommages et intérêts. Lors du procès qui s’est tenu au tribunal correctionnel de Toulouse le mardi 19 mai dernier, le juge a prononcé la relaxe partielle.
Monsieur Le Prof a été relaxé « pour l’ensemble des propos qu’il avait tenus dans le livre » et « la plupart des messages sur les réseaux qu’il avait réalisés », a annoncé son avocate, Me Elodie Baudras.
Une relaxe large mais une condamnation symbolique
Le 19 mai, le tribunal correctionnel de Toulouse a rendu sa décision. Si Lafleur est relaxé sur l'ensemble des propos du livre et la quasi-totalité de ses publications sur les réseaux.

L'inspecteur, absent à l'audience du 24 février, réclamait 5 000 euros. Il n'obtiendra presque rien sauf sur un point précis : un tweet sur X dans lequel Lafleur accusait l'inspecteur de vouloir le « flinguer » via la procédure judiciaire. Mais pour ce message, le tribunal a retenu la diffamation : 500 euros d'amende, 500 euros de dommages et intérêts, 1 000 euros de frais de justice.
Ce bras de fer illustre un classique : l’administration utilise l’arme du droit pour décourager les voix dissidentes. L’enseignant, suivi par 33 000 personnes sur Instagram, devient une cible dès qu’il documente publiquement les dysfonctionnements.

Les inspecteurs, garants de la norme, exercent un pouvoir important sur des professeurs souvent précaires. Quand l’un d’eux franchit le pas de la critique publique, la réponse institutionnelle est la judiciarisation plutôt que remise en question.
Tant que l’État gardera le monopole rigide du service public d’éducation, les lanceurs d’alerte seront traînés devant les tribunaux pendant que les vrais problèmes recrutement, évaluation, liberté pédagogique s’aggravent. En attendant, Monsieur le Prof aura au moins montré qu’il est encore possible de dire, à un prix modéré, ce que beaucoup pensent tout bas.

