L'humeur de Veerle Daens : quand la France brade ses usines à la Chine

L'humeur de Veerle Daens : quand la France brade ses usines à la Chine


Partager cet article

Veerle Daens revient sur ce paradoxe des rachats d'usines en France par la Chine, signalé à juste titre par Libération.

L’arrogance managériale des années 2000 nous avait promis un avenir radieux : l’Occident post-industriel allait conserver la « matière grise » – les concepts, le marketing, la finance – et déléguer la basse besogne physique, celle qui salit les mains, à une Chine sagement confinée dans son rôle d’atelier du monde.

Vingt ans plus tard, le réveil est un naufrage. Non seulement Pékin a capturé les cerveaux, mais les constructeurs chinois (BYD, Chery, Geely) sont aujourd'hui en train de racheter, une à une, nos usines désertées pour y installer leurs propres lignes d'assemblage.

L'inversion est totale, historique, et pourtant, elle s’opère dans un silence de cathédrale. Bienvenue dans la grande braderie de la souveraineté européenne, négociée à la découpe sous les applaudissements discrets de nos élites.

Le chef-d’œuvre du suicide bureaucratique

D’un point de vue libertarien, ce fiasco est un cas d’école. Ce n'est pas le marché qui a failli ; c'est le dirigisme constructiviste de Bruxelles qui a méthodiquement organisé le sabotage de notre tissu industriel.

En décrétant la mort thermique du moteur à explosion à l'horizon 2035 et en empilant les normes d'une écologie punitive, les technocrates européens ont réussi un coup de maître :

  • Asphyxier nos constructeurs historiques en leur imposant des investissements colossaux dans une technologie (l'électrique) dont ils ne maîtrisent pas la chaîne de valeur.
  • Dérouler le tapis rouge à l'Empire du Milieu, qui contrôle l'extraction et le raffinage des métaux critiques indispensables aux batteries.

L'ironie est délicieusement caustique : après avoir rendu la production locale réglementairement impossible pour les Européens, les gouvernants s'agenouillent devant les capitaux de Pékin. On remercie chaleureusement le bourreau d'apporter ses propres pansements.

Le silence des eunuques : pas de débat, des promesses

Où est le grand débat national sur ce transfert massif d'actifs stratégiques ? Où sont les commissions parlementaires s’inquiétant de voir les infrastructures majeures de l'Europe passer sous pavillon communiste ?

Nulle part. Les parlements sont trop occupés à légiférer sur l'écriture inclusive ou le calibrage des chargeurs de smartphones pour s'intéresser à l'agonie de notre souveraineté industrielle.

Ce hold-up discret s'explique par une lâcheté politique partagée :

  1. La frousse électorale : Les ministres de l'Économie, terrifiés par la perspective de plans sociaux massifs et de friches industrielles à la veille des scrutins, voient dans le repreneur chinois une aubaine inespérée.
  2. L'anesthésie par l'emploi : Tant que les ouvriers espagnols, allemands ou français gardent leur badge à l'entrée de l'usine, peu importe que les dividendes, les brevets et les décisions stratégiques s'envolent à Shenzhen.

On troque notre autonomie technologique à long terme contre quelques mois de paix sociale artificielle. C’est la politique du court-termitisme absolu, la survie politique au mois le mois.

Les nouveaux coolies de l'Occident

Ne nous y trompons pas : cette transition n'est pas un partenariat, c'est une vassalisation. En acceptant ce deal faustien, l’Europe valide sa rétrogradation définitive dans la division internationale du travail.

Nous ne sommes plus les concepteurs, nous ne sommes plus les capitalistes. Nous devenons simplement la main-d'œuvre locale, payée pour visser des composants importés de Chine afin de permettre à Pékin de contourner les barrières douanières que l'Union européenne prétendait ériger pour « nous protéger ».

La « souveraineté » n'est plus qu'un slogan creux pour séminaires gouvernementaux. La réalité, c'est que l'Europe n'a plus les moyens de ses ambitions réglementaires. À force de vouloir régenter le monde sans produire de richesse, elle n'est plus qu'un vaste musée que les puissances de demain rachètent pièce par pièce, pour y faire tourner leurs propres machines. L'inversion est achevée, et le déni reste total.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Les États-Unis ouvrent enfin les archives OVNIS. Que contient la grande déclassification de mai 2026 ?
Photo by Oliver Pacas / Unsplash

Les États-Unis ouvrent enfin les archives OVNIS. Que contient la grande déclassification de mai 2026 ?

Des centaines de documents, photos et vidéos longtemps conservés dans les coffres-forts du gouvernement américain deviennent soudain accessibles à tous, d’un simple clic. Ce n’est plus de la fiction depuis le vendredi 8 mai 2026. Le Department of War a lancé ce jour-là la première vague de déclassification via le programme PURSUE (Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters). Sur le site officiel 158 à 162 fichiers (120 PDF, 28 vidéos et 14 images) ont été mis en ligne librem


Isabelle Hock

Isabelle Hock

Achat d'or et d'argent : méfiez-vous des pratiques de Godot & fils...

Achat d'or et d'argent : méfiez-vous des pratiques de Godot & fils...

L'achat de métaux précieux (or et argent) est soumis à une réglementation précise et contraignante, mal maîtrisée par certains changeurs manuels. Godot & Fils donne un exemple de pratiques contraires à la réglementation et d'abus de pouvoir. Je m'abonne au Courrier avant le 21 mai Ne vous faites pas piéger par la cupidité des changeurs manuels de métaux précieux, qui ont une connaissance lacunaire de la réglementation très contraignante en matière de lutte contre le blanchiment et de financeme


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Fraude sociale : comment le RN et les macronistes sont devenus les meilleurs amis du capitalisme de surveillance

Fraude sociale : comment le RN et les macronistes sont devenus les meilleurs amis du capitalisme de surveillance

La sécurité sociale pourra-t-elle accéder directement à vos comptes en banque et vous mettre sur écoute pour vérifier si vous fraudez ? C'est ce que prévoit la loi scélérate sur la fraude sociale, en débat aujourd'hui au Conseil Constitutionnel. Je m'abonne au Courrier et je soutiens la presse indépendante Il y a quelques années, un magistrat de l'ordre judiciaire, Charles Prats, avait mené une intense campagne de haine, sans preuves autres que des déductions hasardeuses, pour expliquer que de


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Les ailes de la Bourse s'apprêtent-elles à fondre sous le soleil ? par Vincent Clairmont

Les ailes de la Bourse s'apprêtent-elles à fondre sous le soleil ? par Vincent Clairmont

Vincent Clairmont revient sur l'alerte lancée par le Financial Times sur une prochaine correction boursière. Personne ne doute de son arrivée, tout le monde s'interroge sur son calendrier. Je m'abonne au Courrier Publié par le Financial Times le 19 mai 2026, un article met en lumière un avertissement partagé par la communauté financière : la déconnexion historique entre des marchés d’actions au plus haut et un marché obligataire en plein marasme fait peser un risque immédiat de correction t


Rédaction

Rédaction