L’enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2), publiée ce 21 mai 2026 aux Éditions de l’Ined, dresse un portrait statistique inédit de la société française. Réalisée par l’Ined et l’Insee auprès de plus de 27 000 personnes âgées de 18 à 59 ans entre 2019 et 2020, elle révèle qu’un tiers de la population métropolitaine a un lien direct avec l’immigration sur trois générations : 13 % d’immigrés, 11 % de deuxième génération et 10 % de troisième génération. Malgré une mixité croissante et un fort sentiment d’appartenance nationale, les inégalités et les discriminations restent marquées, particulièrement pour les origines maghrébines et subsahariennes. La question qui fâche n’est pas le métissage, mais bien la capacité du modèle français à absorber cette diversité.

La nouvelle enquête “Trajectoires et Origines 2” (TeO2), publiée le 21 mai 2026 par l’Ined et l’Insee, dresse un portrait statistique massif de la France contemporaine. Derrière les débats politiques souvent caricaturaux, les chiffres montrent une société profondément marquée par l’immigration, mais aussi traversée par des inégalités persistantes et des tensions identitaires que les pouvoirs publics peinent à résorber.
Une France où l’immigration devient une donnée structurelle
TeO2, seconde édition après 2008-2009, innove en intégrant la troisième génération et en explorant santé, religion, opinions et pratiques culturelles. Les chiffres montrent une dynamique d’assimilation réelle : 71 % des immigrés, 94 % des descendants de deux parents immigrés et 98 % de ceux issus de couples mixtes se sentent français.

Les immigrés représentent 13 % de la population étudiée, leurs enfants 11 %, et leurs petits-enfants 10 %. Plus encore, les unions mixtes accélèrent cette transformation démographique : 59 % des descendants d’immigrés vivent en couple avec une personne d’une autre origine, et 45 % avec une personne sans ascendance migratoire.

L’étude montre ainsi qu’en incluant les liens familiaux et conjugaux, 41 % des 18-59 ans sont désormais reliés à l’immigration, soit par origine, soit par alliance. Une donnée majeure qui confirme que l’immigration n’est plus un phénomène périphérique mais un élément structurant de la société française.
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Pourtant, l’ouvrage dirigé par Mathieu Ichou, Cris Beauchemin et Patrick Simon met en lumière des inégalités persistantes dans l’école, l’emploi, le logement et la santé.
Des discriminations persistantes malgré une forte intégration
Les immigrés et descendants d’origine maghrébine ou subsaharienne (32 % et 19 % des immigrés respectivement) restent les plus exposés aux discriminations. Un paradoxe souligné par les chercheurs : plus les descendants d’immigrés s’intègrent culturellement et socialement, plus ils déclarent subir des discriminations.

Les populations originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne restent les plus exposées aux difficultés scolaires, aux discriminations à l’embauche, au logement ou dans l’accès aux soins. Pourtant, les indicateurs d’appartenance nationale sont élevés : 94 % des descendants de deux parents immigrés se sentent français, contre 97 % dans la population sans ascendance migratoire.

La langue française domine très largement dans les familles issues de l’immigration : 86 % des descendants d’immigrés parlaient français durant l’enfance, souvent associé à la langue familiale. L’image d’un “séparatisme linguistique” massif apparaît donc largement contredite par les données.
Mais l’étude souligne également une hausse des discriminations ressenties depuis la précédente enquête, TeO1, notamment liées à l’origine, à la couleur de peau ou au sexe. Un phénomène qui interroge directement l’efficacité des politiques publiques menées depuis vingt ans au nom de “l’intégration” et de “l’égalité des chances”.

Le faux débat du métissage, le vrai problème de l’intégration
L’enquête révèle aussi une anomalie que les élites médiatiques et politiques préfèrent ignorer : 53 % des immigrés arrivés depuis 2009 sont « très diplômés » (Bac+3 ou plus) , un taux supérieur à celui des natifs sans ascendance migratoire. Pourtant, un immigré sur cinq arrivé après 16 ans a déjà été sans-papiers en France. Soit le même ratio parmi ceux ayant obtenu la nationalité.

Des talents qualifiés contraints à la clandestinité, puis régularisés sans évaluation de leur adhésion aux principes républicains. L’ouvrage de l’Ined ne pose pas la question du refus de valeurs (laïcité, égalité hommes-femmes, liberté d’expression). Par omission, il entretient le flou sur le seul sujet qui détermine la paix civile.
L’étude démontre que l’immigration est un phénomène « ordinaire » et ancien. Bonne nouvelle : le métissage n’est pas un danger. Mauvaise nouvelle : l’intégration n’est pas mesurée, donc pas pilotée. Pendant ce temps, les mêmes élites qui financent l’Ined (budget public) utilisent ces chiffres pour dénoncer le « racisme systémique » sans jamais évaluer les taux d’adhésion à la charte républicaine. Au fond, la France n’a pas un problème d’origines, elle a un problème d’élites qui refusent de nommer l’enjeu réel, l’assimilation ou la sécession culturelle. Le choix reste politique, et non démographique.
