Elise Rochefort revient sur le projet de loi de Françoise Gatel, ministre de la décentralisation, sur la simplification des normes applicables aux collectivités. Un vrai projet jacobin, qui ne dit pas son nom.

C’est une constante de la physique politique française : plus l’État central proclame son amour pour les territoires, plus il resserre le nœud coulant de la tutelle administrative. Le projet de loi de Françoise Gatel, piloté en coulisses par l'axe politique de Sébastien Lecornu, s'inscrit en droite ligne dans cette tradition. Sous le vernis managérial de la « simplification » et de la « différenciation », se dissimule une réalité beaucoup plus froide : le grand retour en force du préfet, et à travers lui, de Paris.
La grande promesse d’autonomie formulée en octobre dernier s'est définitivement dégonflée. Analyse d'une mystification technocratique.
L’illusion Gatel : simplifier pour mieux régner
Le texte présenté par Françoise Gatel était censé répondre au ras-le-bol des élus locaux, étouffés par le maquis normatif et la verticalité du pouvoir central. La sémantique officielle promettait de la « souplesse », du « sur-mesure » et une « respiration territoriale ».
Dans les faits, la méthode retenue procède d'un tour de passe-passe sémantique. Simplifier les normes ne signifie pas ici donner plus de liberté législative ou réglementaire aux collectivités, mais octroyer au préfet un pouvoir accru de dérogation.
