Dans le podcast En Raphaël, Michel Drucker a livré une confidence que beaucoup de ses confrères n'auraient pas formulée aussi crûment : il a délibérément exclu les Le Pen de son émission Vivement dimanche, diffusée sur France 2 une chaîne financée par le contribuable , pour des raisons familiales et mémoriales. Clair, assumé, même presque fier.

Pendant des décennies, Michel Drucker a reçu sur ses plateaux chanteurs, politiques et polémistes de tous bords. Mais une ligne rouge demeurait infranchissable : la famille Le Pen. Dans un entretien diffusé le 10 mai dans le podcast « En Raphäl », l’animateur de 82 ans revendique un choix personnel, lié à son histoire familiale et à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Une histoire personnelle légitime, mais un pouvoir d'exclusion qui l'est moins.
Les Le Pen boycottés de l'antenne publique par conviction personnelle
Figure historique de la télévision publique depuis les années 1970, Michel Drucker a toujours cultivé une image de modération consensuelle. Pourtant, l’animateur reconnaît aujourd’hui avoir pratiqué une forme d’exclusion politique , qu'il assume par ailleurs.
Dans le podcast « En Raphäl », il explique n’avoir « jamais voulu recevoir les Le Pen » dans « Vivement dimanche », malgré les reproches récurrents du parti frontiste. L’argument avancé est avant tout intime. Né dans une famille juive roumaine naturalisée en 1937, Drucker rappelle le traumatisme de la guerre.
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Sa mère, Lola Schafler, échappe à une arrestation grâce à un inconnu qui la fait passer pour son épouse face à un officier de la Gestapo. Son père, Abraham Drucker, dénoncé puis arrêté, gardera des séquelles profondes de sa captivité. « Ma mère ne me l’aurait pas pardonné », résume-t-il à propos d’une éventuelle invitation de Jean-Marie ou Marine Le Pen.
Une télévision publique longtemps alignée sur un logiciel politique
La « peur des extrêmes » proclamée par Drucker s’arrête commodément aux extrêmes de droite. En effet, Drucker rappelle avoir pourtant reçu des figures radicales de gauche comme Arlette Laguiller, Jean-Luc Mélenchon ou Olivier Besancenot. Autrement dit, la frontière n’était pas celle de « l’extrémisme », mais bien celle de la respectabilité idéologique définie par une partie des élites médiatiques parisiennes.

Cette distinction démontre le mécanisme audiovisuel français : la diabolisation asymétrique. Pendant des décennies, les grands animateurs du service public ont exercé un rôle de filtrage culturel autant que journalistique.
Vivement dimanche n'était pas l'émission de Michel Drucker c'était celle de France Télévisions, groupe public dont le budget annuel dépasse 2,7 milliards d'euros, financé par la redevance puis par la dotation de l'État. Les choix éditoriaux d'un animateur au sommet de sa notoriété ne sont pas anodins dans ce cadre. Exclure durablement une famille politique représentant, selon les scrutins, entre 15 et 35 % de l'électorat français, c'est exercer un pouvoir de mise hors-jeu médiatique considérable et l'exercer sans mandat démocratique.

La sincérité de Drucker est touchante et c'est précisément pour cela qu'elle est si instructive. Il ne cache rien : il assume avoir fait de sa trajectoire familiale une boussole éditoriale pour un média qui appartient à tous. La question n'est pas de lui en tenir grief à titre personnel. Elle est de comprendre combien de plateaux, combien d'émissions, combien de rédactions ont fonctionné sur le même principe en silence, eux.
