Volée de sa carte d’identité en 2021, une jeune femme de 22 ans subit depuis quatre ans une véritable descente aux enfers administrative. Plus de cent procès-verbaux SNCF, près de 10 000 euros réclamés, comptes bancaires impossibles à ouvrir et inscription au fichier des personnes recherchées. Dans cette affaire, la machine administrative continue d’encaisser tandis que la charge de la preuve repose sur la victime elle-même.
Eloune Le Disez fait partie des milliers de victimes d’usurpation d’identité. Sa vie est devenu un cauchemar sans fin. Obligée de payer des amendes qui ne sont même pas à son nom, elle fait aussi partie des personnes recherchées par la police. Selon son avocat, l’absurdité du système atteint ici son paroxysme : sa cliente doit prouver qu’elle n’était pas présente dans les trains concernés.
Le vol, puis le calvaire administratif
Tout à commencé en 2021, lorsque Eloune Le Disez a perdu sa carte d’identité lors d’une soirée en discothèque. Elle a porté plainte, mais cette démarche n’a pas suffi à la protéger, car depuis, la jeune femme est victime d’usurpation d’identité.

Depuis, l'usurpateur sillonne les trains, se fait verbaliser à répétition et les procès-verbaux arrivent dans la boîte aux lettres d'Éloune. Cent quarante-quatre euros par amende, plus d'une centaine reçues. Au fil des années, les procès-verbaux se sont accumulés jusqu’à dépasser la centaine, pour un montant total avoisinant les 10.000 euros.

À ces dettes fictives s'ajoutent des impayés hospitaliers et d'autres démarches frauduleuses.La situation est devenue si absurde que la jeune femme ne peut plus gérer normalement ses finances. Craignant les saisies automatiques, elle renonce à utiliser un compte bancaire personnel. Elle a déposé six nouvelles plaintes. Toutes classées.
Son quotidien dépend désormais largement de ses proches. « Je prends la carte de mon père, qui me prête sa carte », a-t-elle ajouté. Plus grave encore, malgré plusieurs plaintes déposées, elle s'est retrouvée inscrite au fichier des personnes recherchées.
Un phénomène de masse, une réponse institutionnelle nulle
Le plus choquant réside dans la logique administrative appliquée au dossier. Selon son avocate, Maître Marie-Camille Eck, spécialiste en usurpation d'identité: « C'est à la victime de prouver qu'elle n'était pas dans le train. » La SNCF, entreprise publique bénéficiant de milliards de subventions annuelles, se comporte en créancier impitoyable, laissant tourner sa machine de recouvrement sans aucun discernement. Autrement dit, la charge de la preuve est renversée. L'administration encaisse, puis exige de l'innocent qu'il démontre son innocence.
Ce n'est qu'après une médiatisation du dossier que la SNCF a indiqué que certaines amendes pourraient finalement être classées. Une réaction tardive qui soulève une question essentielle : combien de victimes anonymes continuent de payer pour des fautes qu'elles n'ont jamais commises ?

Chaque année, 200 000 Français sont victimes d'usurpation d'identité. Les pièces d'identité circulent librement sur Internet (fuites de données, marchés parallèles ) offrant aux arnaqueurs des profils complets, noms, adresses, photos incluses. L'association SOS Usurpation le confirme : ces données servent ensuite à rendre les escroqueries ultérieures plus crédibles, transformant la victime initiale en cible permanente. La peine prévue par la loi pour l'usurpateur ? Un an de prison et 15 000 euros d'amende , quand on le retrouve, ce qui est rare.
Dans une société attachée à l'État de droit, la présomption d'innocence ne devrait jamais devenir un privilège réservé à ceux qui ont les moyens de se défendre. Aujourd'hui, pour Éloune Le Disez, le véritable adversaire n'est plus l'usurpateur : c'est la machine administrative elle-même.



