Un prof de maths choque : « mes terminales utilisent la calculatrice pour 2×3 »

Un prof de maths choque : « mes terminales utilisent la calculatrice pour 2×3 »


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Un professeur de mathématiques du lycée Turgot, à Paris, tire la sonnette d'alarme : ses élèves de terminale utilisent leur calculatrice pour multiplier 2 par 3 , pire, se trompent quand même. Derrière l'anecdote, ce n'est pas une question de stupidité : c'est une question de décrochage cognitif. L'outil a remplacé la pensée, l'élève n'est plus acteur du calcul, il en est le greffier.

Invité de l’émission Paris d’école du Figaro TV, Rémi Chautard, professeur de mathématiques au lycée Turgot à Paris a tiré le signal d’alarme sur le niveau en maths des lycéens. Il a révélé que « des élèves utilisent leur calculatrice pour faire 2 x 3 ». c'est la faillite d'un demi-siècle de réformes éducatives qui se révèle. Le gouvernement tente aujourd'hui de colmater les brèches, mais le mal est profond.

"Ils savent que c'est faux, ils l'écrivent quand même"

Le samedi 30 mai, Rémi Chautard, professeur de mathématiques au lycée Turgot à Paris, a été l’invité de Sophie de Tarlé dans l’émission Paris d’école du Figaro TV.

Niveau scolaire : faut-il s’inquiéter ? | Haut-commissariat à la stratégie et au plan
De nombreuses enquêtes permettent aujourd’hui de suivre de façon rigoureuse l’évolution des compétences des élèves dans le temps et de comparer le niveau des élèves français à celui de leurs homologues d’autres pays. Elles montrent d’abord que, en comparaison internationale, les élèves français ont un niveau moyen, voire faible, notamment en mathématiques et en sciences. C’est au primaire que la situation est la plus préoccupante. Le niveau des élèves en mathématiques s’est fortement dégradé au cours des trente dernières années, tant au primaire qu’au collège, les évolutions des compétences en sciences et en compréhension de l’écrit étant moins alarmantes. Point important, la faiblesse relative des élèves français est générale : elle touche les élèves de milieu modeste comme favorisé, les élèves les plus en difficulté comme les meilleurs, les garçons comme les filles.

Pour Chautard, le calcul mental n'est pas un exercice de style : c'est ce qui permet de « visualiser les chiffres » et d'« arriver à jouer avec ». Sans cette base, l'abstraction mathématique devient une terra incognita anxiogène. « Ils ont un handicap majeur pour les mathématiques », dit-il sans détour.

« J’ai des élèves qui, pour faire 2 x 3, tapent sur leur calculatrice et par maladresse se trompent », a révélé Rémi Chautard. Ils « confondent les signes plus et multiplier » et obtiennent un mauvais résultat, mais ils le recopient quand même.

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Pour Rémi Chautard, le problème dépasse largement l’usage de la calculatrice. L’outil devient dangereux lorsqu’il remplace une compétence qui devrait être acquise depuis l’école primaire. Selon lui, les élèves concernés savent théoriquement que 2 multiplié par 3 ne peut pas donner 5, mais leur manque de confiance et de maîtrise les conduit à accepter passivement le verdict de la machine.

D’un modèle exigeant à l’abandon des automatismes

Jusqu’aux années 1970, le calcul mental constituait une priorité absolue à l’école primaire. Sa marginalisation progressive a coïncidé avec le plongeon français dans les classements internationaux.

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Dans l’enquête internationale PISA, la France est passée de la 11e place en mathématiques en 2000 à la 26e en 2022. Face à cette chute, le gouvernement a engagé un retour aux fondamentaux. Depuis la rentrée 2025, quinze minutes quotidiennes de calcul mental sont imposées à l’école primaire. Les élèves de sixième sont désormais évalués sur leur capacité à réaliser quinze opérations correctes en trois minutes, tandis que le brevet intègre une épreuve spécifique consacrée aux automatismes, sans calculatrice.

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Pourtant, ces mesures tardives et bureaucratiques peinent à masquer les responsabilités. Les classes ont diminué de 45 à 30 élèves en moyenne tandis que le niveau s’est effondré. Les syndicats enseignants invoquent rituellement le « manque de professeurs ». Cette explication commode évite d’interroger la qualité des programmes, l’efficacité des méthodes pédagogiques successives et la capacité réelle des établissements à constituer des équipes performantes.

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Derrière l’anecdote de la calculatrice se joue une question de souveraineté individuelle. Un élève qui ne sait plus « jouer avec les chiffres » perd confiance et autonomie. Le niveau des élèves dépend des programmes, des méthodes, et de la capacité des établissements à constituer des équipes exigeantes et cohérentes, trois leviers que l'Éducation nationale centralise jalousement sans jamais en répondre vraiment.


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